La version de votre navigateur est obsolète. Nous vous recommandons vivement d'actualiser votre navigateur vers la dernière version.

Le retour de la BD d’aviation

Posté le 16/01/2017

 

Le nombre d’albums de bandes dessinées dont l’histoire se situe dans un contexte aéronautique a étonnamment augmenté depuis le début des années 2000. Si la précision des dessins, des avions en particulier, et le réalisme des traits rappellent les BD d’aviation classiques des années 1950, les histoires romantiques qu’elles racontent et les places qu’elles donnent aux femmes sont en revanche très différentes. Petit survol de cette nouvelle génération de BD d’aviation…

Trois séries emblématiques caractérisent ce que nous appelons la BD d’aviation classique (franco-belge) : Buck Danny née en 1947 dans le magazine Spirou, Dan Cooper créé en 1954 dans le Journal Tintin et Tanguy et Laverdure publiée en 1959 dans la revue Pilote. Les dessins proches de l’illustration technique sont très précis, les scénarios en revanche sont simples et les héros, toujours masculins, sont des personnages entiers, fiers, courageux, responsables... Ces séries s’inscrivent totalement dans la « ligne claire » de la bande dessinée franco belge des années 1950-1960. Puis, lorsque dans les années 1970-1980 la BD change de statut et élargit son public vers le monde des adultes, le thème de l’aviation tend à disparaître peu à peu. Et ce, même si Buck Danny et Tanguy et Laverdure n’ont pas cessé de paraître depuis leur création et que des séries moins traditionnelles (c’est à dire moins réalistes) comme Martin Milan dont le héros est un pilote professionnel et Natacha une hôtesse de l’air connaissent pour leur part une bonne notoriété.

 

Ce n’est qu’au début des années 2000, et de façon un peu inattendue, que la BD d’aviation fait sa réapparition. Les nouveaux albums conservent pour la majorité d’entre eux le côté réaliste de l’environnement militaire qui caractérisait les trois pionniers (Buck Danny, Dan Cooper et Tanguy et Laverdure). En revanche, ils n’en conservent pas (ou de façon très amoindrie) le caractère « prétexte à » faisant du métier du héros l’argument pour décrire et dessiner des avions. Comparées aux BD d’aviation traditionnelles, ces BD se différencient selon trois axes.

 

Des histoires romantiques dans un contexte aéronautique. Les nouvelles BD d’aviation ne sont plus des séries tournant autour d’un héros. S’affranchissant de la « ligne claire », la notion de série n’a plus le même sens. Elle n’a plus pour fonction de raconter sous forme d’épisodes les différentes aventures d’un même personnage (comme c’était le cas pour Buck Danny, Dan Cooper ou Michel Tanguy, mais aussi Tintin, Lucky Luke, Spirou,…). Ce sont à présent des histoires en soi qui courent sur un, deux, trois ou quatre albums. Par exemple Lady Spitfire, Les Champs d’Azur ou Le Grand Duc.

 

Le constat est le même coté design : le découpage en cases est très différent de celui de la « ligne claire ». Plus du tout contraints par une segmentation régulière, les dessins prennent de l’ampleur et jouent sur la multiplicité des plans, comme si le dessinateur disposait d’une caméra.

 

S’adressant aux jeunes adultes, ces nouvelles BD d’aviation ne s’inscrivent plus dans les codes stricts de la BD enfantines de Spirou ou Tintin.

 

Des œuvres littéraires à part entière. Des histoires plus ou moins sombres, des personnages dotés d’une réelle épaisseur psychologique, de vrais scénarios portés par des dessins précis et réalistes : plusieurs séries de la collection Cockpit (Editions Paquet) réussissent cette performance de remettre les avions (des vrais !) dans le romanesque.

 

One shot ou cycle de trois ou quatre albums, ces nouvelles BD d’aviation ne font pas vivre des héros stéréotypés, aussi bien dans leur comportement que dans leur apparence physique. Elles rompent ainsi avec la logique des comics et des séries sans fin où les éditeurs règnent en maître sur les sorts d’immuables héros. Se rapprochant de l’œuvre littéraire, cette nouvelle génération de BD met également en relief une certaine évolution actuelle du statut des auteurs...

 

L’importance des femmes. Dans les premières BD d’aviation, les femmes avaient un rôle très minime. Excepté Lady X dans Buck Danny qui était à la fois la méchante et la femme fatale jouant le grain de sable dans un univers exclusivement masculin. Alors que dans les nouvelles BD d’aviation des années 2000, même si elles ne sont pas forcément des héroïnes, les femmes sont bien dessinées, présentes, actives… Bref, elles apparaissent sous de multiples personnalités.

 

Dans la série Dent d’Ours, une femme figure parmi les héros de l’histoire. Dans Angel Wings, c’est une vraie héroïne qui doit s’affirmer face aux pilotes dans la jungle birmane. Dans Lady Spitfire, l’héroïne est une femme qui se déguise en homme pour pouvoir piloter… Difficile en la matière de ne pas relever le travail de Romain Hugault, auteur-dessinateur de la collection Cockpit qui est aussi illustrateur pour des ouvrages et des magazines d’aviation. L’effet pin up (femmes stylisées dessinées sur les avions militaires) qui transparait dans la mise en scène de la féminité de ses magnifiques dessins est absolument remarquable !

 

A noter en conclusion que Romain Hugault devrait être présent sur le stand du Groupe Paquet (sous la Bulle Champs de Mars, Hall 1 stand CM6) au 44e Festival de la Bande Dessinée qui se tiendra à Angoulême du 26 au 29 janvier prochain.

 

Andrée Muller

 

Partager via un média social