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L’écran n’a pas tué le livre… au contraire !

Posté le 04/12/2017

 

Reflet de la bonne santé du marché du livre pour enfants et adolescents, avec ses 1750 000 visiteurs le « Salon du livre et de la presse jeunesse » de Montreuil en Seine-Saint-Denis a été un véritable succès. Deux constats. Le premier ? Malgré des taux d’équipement en tablettes et smartphones respectifs de 40% et 65% (selon l’Arcep), le livre jeunesse a connu en 2016 en France une croissance plus qu’honorable de + 5,2% ! Deuxième constat : l’engouement pour la lecture perdure chez les ados. Surtout chez les adolescentes qui étaient particulièrement nombreuses à visiter le salon, en dehors même des visites scolaires… Et c’est ainsi qu’une simple visite au Salon de Montreuil permet de tordre le coup à quelques-uns des poncifs les plus tenaces à propos des écrans, de la lecture, des enfants, des ados... Explications…

Les jeunes ne lisent plus… Pas du tout ! Au regard de l’affluence et de l’enthousiasme qui régnaient le week-end dernier au « Salon du livre et de la presse jeunesse » de Montreuil en Seine-Saint-Denis on est loin en effet des préjugés du type « les enfants ne lisent plus », « le livre c’est fini », « les jeunes sont de moins en moins cultivés » ou encore l’ineffable « c’était mieux avant »…  D’ailleurs, avec 364 M€ en 2016 pour 77 millions d’exemplaires vendus, le livre jeunesse (hors livres scolaires et BD) représente 13,5% du marché de l’édition et 20% des exemplaires vendus selon le Syndicat National de l’Edition (SNE).

 

Il n’y a plus de création… Pas du tout ! Pour cette 33e édition, l’exposition « Face à Face » organisée dans le cadre du Salon sur le thème « Les représentations de l’enfance et de l’adolescence » était l’occasion de découvrir quelques illustratrices contemporaines. Là aussi, renouveau et sensibilité sont au rendez-vous.

Signe des temps, la mixité des techniques et un imaginaire contemporain faisant références au cinéma, à la BD et au fantastique sont les particularités fortes d’artistes comme Mara Cerri, Audrey Calleja ou encore Carmen Segovia :

 

Une illustration du livre « La spiaggia di notte » (texte d’Elena Ferrante, edizioni e/o 2007) de Mara Cerri vue au « Salon du livre et de la presse Jeunesse » de Montreuil. Cette artiste pluridisciplinaire qui a d’abord travaillé dans le domaine du cinéma d’animation, mélange peintures acrylique, crayons et pastel gras pour créer des illustrations aux ambiances mystérieuses.

 

 

 

 

Une illustration d’Audrey Calleja (album collectif « A pas de loup ») vue au « Salon du livre et de la presse Jeunesse » de Montreuil. L’artiste associe à ses dessins des collages faits de papier, de tissus et autres matières à motifs géométriques et floraux qui donnent à ses illustrations une impression à la fois de réalité et d’extraordinaire.

 

 

 

 

Illustration de Carmen Segovia vue au « Salon du livre et de la presse Jeunesse » de Montreuil. Concevant ses illustrations comme des décors de théâtre, elle dessine d’abord à l’encre de chine sur papier, puis colorise sur ordinateur. Sans a priori, elle travaille aussi parfois à l’acrylique ou même utilise la broderie ou la céramique.

 

 

 

 

Les jeunes ne sont plus capables de lire un « vrai » livre… Pas du tout. La littérature fantastique a toujours autant la cote auprès des adolescents, et surtout des adolescentes : leur enthousiasme pour des romans de plus de 300 à 500 pages autour des stands de Flammarion ou Lumen par exemple était particulièrement frappant ! Mais, au fait, c’est quoi un « vrai » livre ?...

 

Des « Gardiens des Citées Perdues » à « Les filles de Brick Lane » en passant par « The Effigies » ou « A good girl » les extraits gratuits contenant un chapitre de livre suscitaient un intérêt appuyé de la part des jeunes visiteuses du Salon.

 

 

 

 

Derrière leurs smartphones ou leurs tablettes, les jeunes s’isolent… Pas du tout. Au contraire, ils discutent de leurs lectures, écrivent et publient via le web. Etonnant en effet de voir au fil des stands des romans (des « vrais » imprimés sur papier…) édités après avoir été publiés sur Whattpad ou autres plateformes d’édition en ligne. Mais c’est aussi l’initiative prise par les organisateurs du salon d’utiliser internet pour créer des liens entre lecteurs, par exemple le tout nouveau réseau social de la littérature jeunesse kibookin qui rassemblait déjà près d’un millier de membres moins d’une semaine après son lancement à la veille de l’ouverture du Salon, ou la plateforme de médiation booktube power autour du roman pour ados.

 

Le livre n’intéresse qu’une faible proportion de jeunes… Pas du tout ! Et de fait, c’est bien ce qui est intéressant dans la démarche des organisateurs du Salon : multiplier les formes de lecture en ne privilégiant ni l’écran ni le papier, mais faire en sorte au contraire que l’association des deux donne l’envie de lire à un nombre de plus en plus grand d’enfants et d’adolescents. C’est la logique du «et» et non du «ou» : l’écran ne se substitue pas au papier mais l’enrichit en suscitant d’autres approches de lecture.... Ce n’est pas parce qu’un enfant va utiliser une tablette qu’il ne va ni lire ni écrire, au contraire même sans doute...

 

Andrée Muller

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