La version de votre navigateur est obsolète. Nous vous recommandons vivement d'actualiser votre navigateur vers la dernière version.

Vivien Schmidt, photographe de l’imaginaire

Posté le 16/02/2015

 

 

Un « Palazzo mentale » : c’est ce que nous évoquent les photos retravaillées de Vivien Schmidt. Post-photographiques ou hyper réalistes, elles traduisent tout autant l’histoire de l’art que les différences culturelles ou les préoccupations environnementales. Zoom sur une étonnante réalité augmentée artistique…

Quand elle a commencé à faire  des photos, Vivien Schmidt percevait son activité de photographe comme un contrepoint aux sciences sociales. Universitaire de renommée internationale, la photo n’était d’abord pour elle qu’un moyen de préserver un espace esthétique dans sa vie de chercheure : « Mais de plus en plus, mes photos sont devenues la continuation de mes idées sur la façon d’expliquer la réalité », confie-t-elle.

 

Politiste et photographe. Enfant en Italie, son beau père, photographe amateur (N&B), l’emmenait avec lui prendre des photos. Puis quand elle obtient son doctorat en science politique, Vivien Schmidt s’offre son premier appareil photo professionnel, un Canon qu’elle a toujours gardé depuis. Mais ce n’est que plus tard, au milieu des années 1990, que débute réellement sa carrière de photographe. Et même si, « dès qu’on fait de la science politique, on est fini pour la poésie » ironise-t-elle, c’est sa sensibilité de chercheur qui lui permettra de se forger une identité d’artiste bien à elle.

 

« Quand la photographie est devenue pour moi une activité artistique, mes premiers clichés étaient des portes, des fenêtres, des maisons qui s’effritent, poursuit Vivien Schmidt. Ce qui m’intéressait alors, était la texture, les vieilles choses qui s’abiment… ». Dans ces reportages sur la décadence son travail d’artiste se retrouve essentiellement dans le regard avant de prendre la photo, quand il faut trouver le bon objet à photographier, le bon moment, la bonne lumière. Puis, peu à peu, ce sont les paysages en tant que tels qui l’intéressent, autant dans leur singularité que dans la façon dont ils se prêtent à interprétation. Elle se focalise ensuite sur les paysages marqués de la présence humaine. L’objectif est toujours le même : exprimer la décadence, mais dans le contexte de la nature : « Là je me suis dit, ce ne sont plus des objets trouvés mais des objets retravaillés, et encore mieux : re-imaginés ».

 

Du trouvé au construit. Comment reconstruire la réalité en fonction de ses connaissances ? Pour cela, Vivien Schmidt utilise deux méthodes.La première, post-photographique, consiste à retravailler entièrement ses photos à l’ordinateur (Photoshop) : « Je reprend mes photos en fonction d’images que j’ai dans la tête en référence à l’histoire des civilisations, de l’art, de ma connaissance des lieux, de ma propre représentation… ». Des exemples ? Les photos prises en Italie entre 2006 et 2007 où sa passion pour l’’histoire de l’art ressort de façon presque ludique. Impressionnisme, pointillisme, surréalisme : « Il m’est arrivé de faire un même endroit dans des versions très différentes ». Avec toutefois une tendance d’évolution commune : « Je donne de plus en plus d’importance au ciel dans mes paysages », précise-t-elle.

 

Même approche pour les photos prises au Japon (exposées à New York en 2009). Là ce n’est plus l’histoire de l’art qui l’inspire mais l’histoire tout court : « Les maisons étaient trop neuves, constate-t-elle.  Alors je les ai vieillies pour faire resurgir le Japon tel que je le percevais : j’ai changé pour re-imaginer le passé ». A Venise en revanche, pas de changement de couleurs, pas de re-imagination proprement dite, mais une intensification des valeurs et des tonalités : « J’essaie de rester fidèle à ce que je vois. Mais je retravaille les photos pour insister sur ce qui m’intéresse » (voir ici les photos exposées à Harvard).

 

La présence de l’Homme. La deuxième méthode utilisée par Vivien Schmidt pour retravailler ses photos est l’hyper réalisme. Si le post photographique consiste à s’inspirer de l’art ou du passé, l’hyper réalisme en revanche met en relief une impression, une idée. Aujourd’hui, c’est l’impact de l’Homme sur la nature que Vivien Schmidt traduit ainsi dans ses photos. Comment ? Soit le cliché est pris uniquement lorsqu’une silhouette humaine apparaît dans le paysage. Soit ce dernier est détaillé à l’extrême comme par exemple pour les photos du Grand Canyon où les routes tracées par les passants forment comme des itinéraires, faisant de l’hyper détail un chemin pour passer du réel à l’abstrait (exposition 2011).

 

Des photos des Dolomites italiennes à celles de Monument Vallée en passant par le Grand Canyon ou les glaciers de Norvège, l’humain est omniprésent. Mais dans ces paysages toujours grandioses il apparait presque toujours comme par inadvertance, une erreur presque... Une représentation de la réalité plutôt pessimiste ? « Non réaliste », conclut Vivien Schmidt.

 

Andrée Muller

 

 

Partager via un média social