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Thomas Gabison, auteur et éditeur de BD : deux métiers, une passion

Posté le 28/02/2015

 

Co-auteur avec le dessinateur Gilles Tevessin de la bande dessinée « Nord Nord-Est », Thomas Gabison est aussi directeur artistique et directeur de collection chez Actes Sud BD : c’est sans doute parce qu’il a plusieurs casquettes à son actif qu’il parle si bien de création et de bande dessinée. Arrêt sur image…

A huit ans il veut déjà être dessinateur de BD. A neuf ans il dévore « Les Krostons » de Deliège. De 10 à 16 ans il lit une dizaine d’albums par semaine… Vingt cinq ans plus tard, il est toujours aussi passionné : Thomas Gabison est aujourd’hui auteur et éditeur de BD. Mais pas auto-éditeur ! Directeur artistique et directeur de collection chez Actes Sud BD, pour lui la bande dessinée est une façon de lire le monde, un moyen d’expression… qui s’écrit à plusieurs.

 

Quatre ans de maturation. Côté auteur, il défend la logique de tournage adoptée avec le dessinateur Gilles Tevessin pour réaliser « Nord, Nord-Est » : « Nous avons mis quatre ans pour faire cette BD, dit-il. Bien sûr, Gilles avait lui aussi un autre travail à coté. Mais si nous avons pris tout ce temps c’était pour parvenir à dire ce que nous voulions dire. C'était long, mais c'était bien de prendre ce temps là »

 

Une ode à la liberté. « Nord, Nord-Est » raconte l’histoire d’une grand-mère et d'un jeune homme habitant le Nord de la France, peut être le Nord-Est... Entre bistrot et boulot, lui s’est habitué à sa petite vie tranquille. Elle, elle s’ennuie un peu. Alors pour lui faire plaisir, il décide d'une virée à Paris. Train puis voiture, c’est dans la proximité obligée des transports et la magie du Paris des noctambules que les deux auteurs transforment cette escapade urbaine en un voyage où l'on se laisse porter par le fil des rencontres. Dessins, couleurs, ambiances et dialogues évoquent à la fois la pudeur et l’audace, le banal et l’extraordinaire : «- Et vous habitez où ? - Dans le Nord, enfin le Nord… Nord-Est, ça dépend où on se place. C'est à partir de ce dialogue en exergue du livre que se construit l'histoire, explique Thomas Gabison. Dans cette histoire, c’est le geste de côté, l’autre regard, qui rendent compte de la réalité ». Et comme il était indispensable pour y parvenir de rester « vrai » autant dans les gestes et les attitudes corporelles que dans l’immobilité et les attentes, la bande dessinée a été entièrement réalisée et dessinée à partir de photos. 

 

Comme un film. Des comédiens ont « joué » le scénario. Toutes les séquences de l’histoire ont été successivement photographiées de façon méthodique, à la manière du tournage d’un film. « Nous avons d’abord photographié toutes les scènes qui se passaient à Paris, explique Thomas Gabison. Nous avons ensuite « tourné » toutes celles qui se déroulaient à la campagne ». Puis les deux auteurs ont regardé « ce que chaque espace, chaque chose avait à dire ». Et c’est ainsi que, peu à peu, ils ont découvert le processus de création, en avançant dans l’histoire : « Ces photos ont alimenté notre imaginaire, poursuit Thomas Gabison. Par exemple, nous nous sommes attachés à voir comment le corps, qui est aussi un marquage de notre identité, existe dans l'espace ».

 

Un interventionnisme fort. Côté éditeur, Thomas Gabison est le tenant d’une politique éditoriale exigeante : toujours raconter une histoire et tout mettre au service de cette histoire, que ce soit les textes, les dessins, les couleurs, le rythme des pages ou des découpages... Et en conséquence, diriger une collection, c’est aussi pour lui une façon de s’impliquer et de  s’exprimer : « C’est un réel plaisir que de participer au processus de création, insiste Thomas Gabison. Mais pour cela, il faut avoir un maximum de discussions avec les auteurs, surtout dans le but d’obtenir un livre que personne n'attendait ». Résultat : « J’ai un peu moins de passion pour un livre qui arrive déjà fini, avoue-t-il. Heureusement, nous sommes deux dans la collection à engager notre gout commun dans le choix des manuscrits. C’est comme pour Nord, Nord-Est, où ce qui m’a bien plus avec Gilles a été de nous laisser porter par ce qui se passait sous nos yeux, d'en discuter, de nous renvoyer la balle »...

 

L’une des choses étonnantes en effet lorsque Thomas Gabison parle de BD est cette impression que, pour lui, l’acte de création est aussi important quand il exerce son métier d’éditeur que lorsqu’il est lui même auteur : « En tant que directeur de collection, si je tiens à travailler avec les auteurs, explique-t-il, c’est parce que je pense que mon rôle est d’être avant tout un miroir d’exigence. Et ce même si cela nous amène à publier que très peu de BD, trois à quatre par an en moyenne ». Au regard des quelques 5 000 nouveautés qui sortent actuellement par an (contre environ 600 il y a vingt ans), l’exigence éditoriale apparait en effet comme l’une des conditions de la bonne santé du marché de la BD…

 

 

Andrée Muller

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