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Siméon Colin : l’ami des arbres

Posté le 27/11/2017

 

Grand amoureux des forêts, Siméon Colin donne vie à des arbres majestueux qu’il dessine au crayon, au feutre ou à l’encre sur de grandes toiles où les blancs occupent une place de choix. Professeur de dessin à l’Ecole des Arts Décoratifs parisienne pendant près de 50 ans, son identité d’artiste est indissociable de sa carrière d’enseignant. A la recherche de l’évocation et non de la ressemblance, à l’écoute de ses chocs émotionnels et suffisamment patient pour laisser agir la magie du dessin : son travail est à la fois moderne dans sa simplicité et inclassable dans son mélange de techniques traditionnelles et d’inventivité. Présentation de ce créateur hors normes qui n’hésite pas à dire que ce qu’il aime avant tout est le travail bien fait…

Son destin de créateur commence pourtant de façon assez inattendue, à la suite d’un grave accident alors qu’il avait à peine onze ans. Ecrasé par une machine des Ponts et Chaussées avec laquelle il jouait, sa survie était selon les pronostics de l’époque, fortement compromise. D’où une interdiction formelle de faire du sport ou tout autre effort physique. Que faire ? « A ce moment-là, est arrivé dans le village un jeune prêtre très ouvert à l’art, se souvient Siméon Colin. C’est avec lui que, dès l’âge de onze ans, j’ai commencé à dessiner. C’est pourquoi je pense que cet accident a été la chance de ma vie ! » 

 

De l’enseignement à la création. Ensuite, tout va très vite. Après le bac, il entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Nancy. Il y passe trois ans. Puis, un professeur de Nancy lui conseille de rejoindre l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD) à Paris. « C’était fantastique, c’était en 1963 et j’avais 21 ans. A Nancy nous avions des professeurs qui enseignaient des choses qu’ils ne pratiquaient pas. A Paris au contraire, j’étais environné par les œuvres de mes professeurs. J’ai eu ainsi la chance d’avoir de grands noms pour enseignants : le designer industriel Roger Tallon (ndlr : designer de trains en particulier, entre autres du TGV) et des peintres comme Jacques Despierre ou Jules Cavailles ».

Sorti major et « grand massier » (responsable du bureau des élèves), il obtient son diplôme en 1967. Il se voit alors proposer dans la foulée, en 1968, un poste d’assistant au sein même de son école. Une école dont il partage encore aujourd’hui les ambitions et la raison d’être. Créée sous le règne de Louis XV et officiellement ouverte en 1767, l’école des Arts Décoratifs est née de l’idée de former des artistes pour travailler au service de l’industrie, que ce soit dans les secteurs de la mode, la bijouterie, la scénographie, les meubles… « Cela fait seulement cinq ans que je ne fais plus de design », précise Siméon Colin. Une date à laquelle il se sépare de son épouse, créé son atelier de la rue de l’Arbalète dans le cinquième arrondissement à Paris où il installe sa propre galerie, la Galerie Cyal (voir ici la page Facebook de la galerie), … et devient artiste professionnel à plein temps.

Très influencé par Marcel Gromaire, son travail actuel d’artiste s’inscrit dans la recherche des formes géométriques et de la simplification. D’autres maîtres bien sûr lui ont servi de guide. Admirateur des dessins de Rembrandt et d’Alberto Giacometti, il a beaucoup travaillé aussi à partir de Jean Siméon Chardin. « Evidemment, je suis sous influence. J’ai des images dans la tête qui me guident ». Mais c’est surtout sur son histoire personnelle et son amour de la forêt qu’il a forgé son identité d’artiste : « Je suis impressionné par la lourdeur des cèdres. J’aime beaucoup leur masse ». La forêt, un lieu de refuge ? Certainement : « Mon père était costaud et j’ai une photo avec sa main sur ma tête… Je me sens à l’abri avec les arbres. »

 

L’amour des arbres. Face aux arbres, son questionnement est permanent. Qu’est ce qui fait qu’à cinquante mètres on distingue un érable d’un chêne ? Est-ce qu’ils se distinguent par la nature et la qualité des vides qui séparent leurs masses de feuillage ? Comment traduire leur luminosité lorsque les rayons du soleil qui les traversent sont presque parallèles à l‘horizon au lever ou au coucher du jour… « J’ai essayé de reproduire toutes ses sensations, explique Siméon Colin. Et c’est ainsi que petit à petit, en dessinant des cèdres, j’ai détaché les feuillages des branches ».

 

 

 

 

Les dessins de Siméon Colin transforment les terminaisons des arbres en créatures vivantes.

 

 

 

 

 

Et c’est ainsi que sous le crayon de Siméon Colin, les feuillages deviennent peu à peu des entités autonomes survolant de grandes toiles où le blanc domine de plus en plus. A ce titre, l’une de ses dernières « découvertes » importantes, effectuée il y a trois ans environ à l’occasion d’un voyage au Brésil, est particulièrement intéressante : « Par des sentiers enchevêtrés, on m’avait emmené dans une forêt très épaisse. Et là, pour dessiner, j’ai fait le contraire que d’habitude. J’ai volontairement « oublié » le premier plan. Je l’ai laissé en blanc et je suis allé derrière pour montrer la luxuriance de cette forêt, explique-t-il. En plus, cela a donné une très grande légèreté à mon dessin ».

 

 

 

 

Siméon Colin « oublie » volontairement le premier plan de son dessin.

 

 

 

 

 

Composante forte de la signature d’artiste de Siméon Colin, cette légèreté est en accord avec la simplicité de ses outils de travail : des toiles blanches, des crayons, de l’encre de chine, un porte-plume, parfois du fusain… et c’est tout !

 

La magie du dessin. Créer consiste en effet pour Siméon Colin à faire converger des techniques, des images, des perceptions, des sensations, un choc émotionnel… : « Je prends des photos sur place des choses qui m’intéressent, précise-t-il. Mais c’est important de s’octroyer au moins un petit quart d’heure pour dessiner afin de s’imprégner de l’ambiance des lieux ».

Indispensable pour cela de se mettre dans une posture de découverte, aussi bien en extérieur dans l’observation de la nature que dans l’atelier : « Un travail est une promenade, avec des intermèdes et des surprises… Un dessin, là où c’est magique c’est lorsqu’on travaille et que tout d’un coup on se dit que c’est ça que l’on voulait faire ! »

Faut-il alors s’arrêter ou au contraire essayer de fouiller toujours plus loin dans sa sensibilité et son imaginaire ? « Je m’arrête quand je n’ai plus rien à inventer sur mon dessin. C’est à dire quand je m’ennuie sur ce dessin… », conclut Siméon Colin.

 

Andrée Muller

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