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Marie Deschamps : marier art et informatique

Posté le 21/03/2016

 

Associer cinéma et dessin pour créer un style d’artiste bien à elle à mi chemin entre la bande dessinée classique et le film d’animation : Marie Deschamps a réussi ce pari en associant art et informatique. Son secret ? Utiliser son ordinateur d’animatrice 2D-3D pour donner davantage de force à ses dessins et surtout, la priorité à la création ! Présentation d’une artiste hors norme…

Son père était un proche du cinéaste Alexandre Alexeïeff, de là un amour inconditionnel pour l'animation. Elle l’associera à sa passion du dessin : « Après des études universitaires en Arts Plastiques (Paris1), j'ai intégré le CFT Gobelins pour apprendre les techniques de production de l'animation 2D-3D... et aussitôt participer à la première équipe d'animateurs traditionnels sur un jeu vidéo (en 1997) chez UbiSoft (ndlr : start up française leader mondial des jeux vidéo créée en 1986 par Yves Guillemot avec ses frères) », écrit-elle sur son blog en guise de présentation. Depuis, du jeu vidéo à la série TV en passant par le long métrage, elle a participé à différents projets. Mais surtout, elle est parvenue à créer un style d’artiste bien à elle, à mi chemin entre la BD classique et le film d’animation. Pour preuve, ses dessins qui font vivre les personnages de son dernier roman graphique, « Le printemps d’Oan », écrit par son compagnon et scénariste préféré Eric Wantiez (voir ici l’article « Quand la BD sort des cases »). Mais c’est toutefois de façon fortuite qu’elle s’est s’intéressée au neuvième art.

 

Une affaire de complicité. C’est en 2003 à l’occasion du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, qu’elle plonge en effet un peu par hasard dans le monde de la BD : « Nous avons rencontré avec Eric plein d’auteurs de BD qui nous ont invité dans leur bac à sable », raconte-t-elle. Une véritable invitation au voyage à laquelle, de son aveu, elle n’aurait pas répondu d’elle mêmecar, « en BD le dessin ne guide pas l’histoire ». Le voyage s’est s’est donc fait à deux.

 

« Il est vrai que nous avons une véritable complicité avec Eric, poursuit-elle. Cela fait trente ans que nous sommes ensemble. Avec lui, je ne fais pas juste de l’illustration. Je dessine au contraire l’émotion. Et c’est bien ce qui me motive ». Pareil pour lui, il ne travaille pas avec Marie comme avec les autres : « Quand il écrit pour d’autres dessinateurs, ses scénarios sont différents », confie-t-elle. Et de fait, lorsqu’ils travaillent ensemble, c’est réellement comme si le dessinateur et le scénariste ne formaient qu’une seule personne. C’est l’opposé du clivage entre un scénariste qui impose son rythme et un dessinateur qui remplit des cases. Le résultat ? Dans leurs romans graphiques, les histoires ne sont pas seulement racontées, elles sont portées par les dessins.

 

Le cinéma pour méthode.  « C’est par le cinéma que je m’exprime, reprend Marie Deschamps. Car c’est par la construction narrative que je parviens à dire des choses ». Comment ? « Je procède en deux phases, explique-t-elle. D’abord je pense, et ensuite seulement je fais ». Et quand elle pense, elle gribouille. Se plaçant au niveau théorique le plus élevé, elle commence par construire l’architecture générale de la narration. Pour « Le Printemps d’Oan » par exemple, la question était de savoir quel allait être le rôle du lecteur. Pourra-t-il être acteur ? Ou bien sera-t-il simple spectateur ? « A ce niveau, mon idée a été de créer un espace temps identique pour le lecteur et l’acteur, c’est à dire de penser une immersion en temps réel dans l’histoire ». D’où une ininterruption de la narration à travers un dessin en continu qui passe sans rupture d’une page à l’autre.

 

Un dessin instinctif. Il est vrai que dessiner pour Marie Deschamps est un véritable investissement physique : « Je ne fais pas de croquis, je travaille directement sur l’ordinateur, précise-t-elle. Mais il faut que je puisse laisser courir ma main ». C’est pour cela qu’elle utilise une tablette graphique Cintiq de Wacom qui, contrairement aux palettes graphiques traditionnelles, permet de dessiner directement sur l’écran. Indispensable en effet pour elle de voir sa main lorsqu’elle dessine:« J’ai un dessin intuitif, animal presque, que j’exécute avec des gestes brusques, avoue-t-elle. Pour cela, j’ai besoin de voir ma main, afin de raccourcir le plus possible le chemin entre l’image et ma tête ».  L’autre intérêt de l’ordinateur pour elle est de retrouver les mécanismes du dessin animé. Et aussi de travailler la lumière : « J’ai une approche picturale qui n’est pas celle du dessin proprement dit », souligne-t-elle. Ainsi dans « Le printemps d’Oan », le dessin et son contraire - c’est à dire le blanc de la feuille - sont l’un et l’autre d’une importance aussi grande.

 

Donner la priorité à la création. Dessiner pour le plaisir et ne pas considérer que ses dessins lui appartiennent, telle est une autre des caractéristiques de Marie Deschamps. C’est pourquoi il y a quelques années encore elle jetait purement et simplement ses dessins à la poubelle. Aujourd’hui sa poubelle, c’est les réseaux sociaux : « Je poste mes dessins sur Facebook, Twitter, Youtube et les deux blogs que j’ai créés, explique-t-elle. En gros, je fais du partage instinctif sur Facebook et Twitter. Tandis que je confie plutôt mes états d’âme à mon blog. D’ailleurs quand je dessine, j’ai Facebook allumé en permanence ». L’intérêt de ce partage ? Se désapproprier de ses images : « Les réseaux sociaux me servent à m’en débarrasser, à couper la corde afin d’en imaginer d’autres ». Le but ? « Eviter que le processus de création deviennent un processus d’usinage »…

 

Mais les réseaux sociaux sont aussi un bon moyen de documentation, surtout Twitter : « Je l’utilise beaucoup pour suivre des auteurs anglo-saxons qui eux mêmes partagent les œuvres d’autres artistes. Twitter m’a permis par exemple de connaître des auteurs qui ne sont pas édités en France ». Autre intérêt : l’inexistence des contraintes de décalage horaire. « On a moins l’impression d’être prisonnier de son espace-temps », conclut Marie Deschamps.

 

Andrée Muller

 

 

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