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Lord Wilmore, artiste courageux

Posté le 20/03/2017

 

Réalisateur de cinéma, auteur, acteur, musicien, compositeur, chanteur…  Ce créateur qui a pris pour nom d’artiste celui de son héros préféré compte parmi les pionniers de la peinture numérique en France. Il fait imprimer ses réalisations sur des plaques d’aluminium afin d’en assurer la pérennité. Peintre d’un « abstrait figuratif » bien à lui, il milite à travers ses tableaux en faveur des libertés individuelles et pour un droit des peintures numériques à l’existence artistique. Portrait d’un artiste novateur, et courageux. 

 

Pour présenter Lord Wilmore, il faut d’abord rappeler que c’est le nom que se donne le comte de Monte-Cristo lorsqu’il fait le bien. Il faut ajouter ensuite que l’artiste Lord Wilmore ne se contente pas de créer des tableaux numériques qui seraient visibles uniquement sur un ordinateur ou une tablette. Lord veut du concret, du pérenne. D’où l’idée d’utiliser une technique originale, et très récente, qui consiste à imprimer ses réalisations faites à l’ordinateur sur des plaques d’aluminium : « Je crée de la peinture digitale imprimée sur Chromaluxe® (aluminium) sous le label français Subligraphie® », précise-t-il. Très technique, ce procédé de sublimation consiste à faire passer les encres à l’état gazeux afin qu’elles se « fondent » dans les plaques d’aluminium. Son avantage ? Une très grande qualité des couleurs et des contrastes qui permet d’obtenir une œuvre imprimée très proche de l’original créé sur l’ordinateur. Résultat : Lord Wilmore enchaîne salons, expositions et répond à des sollicitations de plus en plus nombreuses, comme la toute dernière de réaliser des tableaux de grande taille afin de les installer en extérieur dans un jardin. Enfin, difficile de clore cette présentation sans mentionner l’omniprésence dans tout son travail d’un questionnement autour de l’identité.

 

Interpeller le passant. Qui sommes-nous vraiment ? Qui se cache derrière nos masques ? « Ma réponse est que l’identité est une illusion », affirme d’emblée Lord Wilmore. Et c’est bien pour interpeller le public que dans bon nombre de ses œuvres figure, comme vidé de sa substance, un canard au nœud papillon. Traversé par les décors qui l’entourent, ce canard permet à tout un chacun de se mettre à sa place : « Ce personnage est quelque chose dans lequel tout le monde peut se projeter, précise Lord Wilmore. Il est là pour rappeler que l’identité de groupe est un leurre. Nous sommes tous uniques, soit... mais nous sommes tous unis. Pour exister, l’individu doit pouvoir se fondre dans la masse de milliards d’individus que nous formons tous : l’humanité. La pseudo identité des groupes termine toujours dans un cul de sac : la guerre ».

 

Décors pixellisés façon vidéo vintage ou couleurs électriques traversant des canards nonchalants, à la fois figuratifs et abstraits les tableaux de Lord Wilmore symbolisent aussi, comme son personnage, le mélange de l’ancien et du moderne : « A l’occasion d’une exposition que j’ai faite en Ukraine, une critique m’a dit que je faisais une synthèse entre l’art contemporain et l’art moderne. J’imagine que je suis un artiste post-contemporain...», s’amuse-t-il. Un artiste doit-il donc être nécessairement novateur ? « Il me semble que oui. Mais il n’y a que lui qui le sait... »

 

La peinture numérique, un art à part entière. Après les questionnements sur l’identité et le temps qui passe, la reconnaissance artistique de la peinture numérique est l’autre cheval de bataille de Lord Wilmore. Admirateur de l’américain Henry Darger - pas du tout numérique et artiste 100 % outsider mais « qui a inventé un univers génial avec des couleurs formidables », souffle-t-il - les arguments de Lord tournent autour de l’idée que, numérique ou pas, le peintre se trouve de toute façon toujours face aux mêmes problématiques :  Quel sujet ou quel non-sujet ? Sur quel fond s'appuyer ? Quelle couleur placer à côté de telle autre ? Combien de couches de peinture poser ? Comment faire pour que mon œuvre soit pérenne ? A quel prix vendre mes tableaux ? D’ailleurs, dois-je les vendre ? Comment décider qu’une œuvre est bien achevée ?... Et de fait, à l’écran ou sur la toile, les difficultés de la création sont les mêmes : « Au niveau émotionnel, je suis d’abord intéressé par la vibration des couleurs entre elles. Si en plus, il y a un concept ou une idée qui sert ces couleurs, c'est mieux. C’est même le sommet. Le plus important à mon sens est la correspondance entre la vibration des couleurs et le concept », explique Lord Wilmore qui, tant ce point d‘équilibre est difficile à trouver, ne montre ses réalisations tout juste terminées qu’à sa femme et à sa fille.

 

Peut-on dès lors établir un ordre de préséance entre le concept et les couleurs ? Le fait d’utiliser un ordinateur impose-t-il la prédominance de l’un sur l’autre ? Bref, lequel précède l’autre à l’écran ? « Pour moi, les deux démarches sont possibles, répond Lord Wilmore. Mon travail peut démarrer d’abord en partant du concept ou au contraire partir d’un jeté de couleur. De toute façon, de mon point de vue l’œuvre pré-existe à son « créateur ». L’artiste ne fait que la dévoiler ».

 

Le créateur, un simple traducteur. L’idée ? Si les œuvres ont une existence propre, elles ne sont pas en revanche visibles immédiatement par tous. Il faut les dévoiler à la conscience générale pour qu’elles soient perceptibles par le plus grand nombre. Et c’est là le rôle du créateur…  « Dans l’écriture de scénario, on le voit très bien : l’histoire nous guide, elle est toujours plus forte que nous, explique Lord Wilmore. En peinture c’est pareil, l’artiste ne fait que dévoiler quelque chose car l’œuvre existe déjà. Le problème de certains artistes est de dévoiler parfois trop tôt… »

 

Sommes-nous alors dans le bon timing pour les œuvres numériques à l’heure actuelle ?  « Bien que l'art numérique existe depuis au moins 25 ans, en France, nous ne sommes encore que quelques pionniers, s'étonne Lord Wilmore. Mais je suis sûr que dans cinq ans, les galeries auront chacune leur artiste numérique. » Quelques indices sont d’ores et déjà palpables : « Les gens qui adorent mes réalisations sont sensibles aux couleurs, observe Lord Wilmore. Ils disent qu’elles sont électriques. D’autres me posent des questions sur le canard. D’autres encore disent « ce n’est pas de l’art ». Ces derniers m’intéressent aussi, car on apprend davantage sur soi-même et sur son art par les haussements d‘épaules que par les compliments ». Bref, Lord Wilmore est puissant, mais il a en permanence besoin de validation…

 

Andrée Muller

 

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