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Josette Houel, artiste peintre… envers et contre tous

Posté le 28/09/2015

 

Ses parents et sa belle famille ne voulaient pas qu’elle peigne. Suivant malgré tout son chemin d’artiste, elle invente un monde bien à elle : le pays d’Houélée dont les personnages sortent tout droit de l’archéologie qui la fascine tant. Elle vend ses toiles mais ne peint pas pour vendre… Portrait d’une artiste rebelle.

 

 

Née sous le signe de la rébellion (au mois de mai 1936), Josette Houel mènera sa propre révolution une trentaine d’années plus tard : « Aujourd’hui, je commence ! », décide-t-elle le 8 février 1969. Le souvenir est toujours aussi présent : « J’étais à Monoprix, et j’ai acheté des crayons et du papier à dessin ». La raison ? L’idée que, « on peut mourir sans avoir fait ce que l’on avait réellement envie de faire ! »

 

Créatrice autodidacte. Pas de cours d’art pour cette excellente élève en dessin : « Quand j’ai commencé à peindre, je n’avais pas fait d’études, car les filles ne faisaient pas d’études ! Elles étaient là pour faire des enfants et s’occuper de leurs vieux parents... Et de toute façon, mon père m’avait interdit de peindre ». Aujourd’hui ? Pas de statut professionnel d’artiste peintre : « Mon mari et ma belle famille ne voulaient pas que je travaille ». Mais elle a repris le nom de son arrière grand père comme nom d’artiste. Et compte à son actif un nombre d’œuvres impressionnant.

Passant du classique au figuratif puis à l’abstrait, Josette Houel fait évoluer son travail sans relâche. Mais toujours avec le même fil conducteur : la femme et son statut social.

 

Une reconnaissance artistique rapide. Dès lors qu’elle décide, contre l’avis de tous, de se consacrer à la peinture, tout démarre très vite pour Josette Houel. Elle peint d’abord des sujets classiques : la femme-femme, de façon plutôt classique.

Elle expose ses peintures dans différentes galeries. Acquiert de la notoriété et connaît un succès certain. D’ailleurs, parfois ce succès dérange : « Un jour mon beau père est allé demander à mon galeriste de décrocher mes toiles ! ». Dans ses démarches auprès des galeries, elle essuie également quelques remarques genrées du type : « si vous étiez un homme, j’exposerai vos peintures », « Votre peinture ne vaudra jamais rien parce que vous n’êtes pas un homme », « Je ne vous exposerai pas parce que vous êtes une femme »… Elle montera donc sa propre galerie : « Expression », au Havre où elle habite au cours de ces années là. Elle la fermera une dizaine d’années plus tard, confrontée à la fois à la maladie de son époux et aux tracasseries fiscales.

 

Les mondes d’Houélée. C’est à partir de 1974-76, lorsqu’elle commence à orienter son travail sur l’idée de fouilles archéologiques qu’elle invente ses propres mondes imaginaires : « Je cherchais à bâtir quelque chose plutôt que de repeindre sans cesse toujours les mêmes choses », explique-t-elle. Alors elle voyage, elle fouille, elle photographie… et donne de nouvelles prestances aux femmes qu’elle peint.

Servantes, mères, objets de décoration ou simples faire valoir des hommes ? Quoi qu’il en soit une chose est sûre : les femmes d’une Josette Houel devenue archéologue changent d’apparence. Le style est de moins en moins figuratif et les formes s’émancipent.

Mais le chemin de l’artiste n’est pas linéaire. Après la période des « masques » (…de femmes enfermées dans les stéréotypes) du début des années 1970, nait en effet l’univers de la ville d’Houélée avec des personnages de plus en plus imaginaires. Mais ce n’est qu’après avoir effectué un virage vers le suréalisme pendant une quinzaine d’années que Josette Houel créera, au début des années 2000, les nouveaux visages de ses Houélides.

 

Comment s’inventent ces mondes imaginaires ? « J’utilise les photos que j’ai prises sur les sites archéologiques de Pompéi, de Sicile, d’Egypte, de Grèce… répond-elle. D’autres fois, des images me viennent en tête lorsque je regarde des magazines d’art ». Mais quelle que soit sa source d’inspiration, elle travaille toujours de la même façon : en composant sa toile dans sa tête avant de commencer à dessiner ou à peindre. Et ce n’est que dans un deuxième temps qu’elle place ses personnages.

Dessin, peinture (à l’acrylique)… après une première mouture, elle laisse généralement ses toiles reposer. Elle ne les regarde plus pendant plusieurs jours avant de se remettre à l’ouvrage. Ce travail peut durer quinze jours : « Je corrige, j’améliore. Mais comme l’acrylique sèche très vite, j’utilise un retardateur, précise-t-elle. Cela me permet de travailler comme si je peignais à l’huile ».

Les prix ? A peu près 40 euros le point, ce qui représente pour une toile moyenne de 80 x 80 cm environ 1400 euros. « Ce que je fais actuellement est un peu particulier, poursuit Josette Houel. Les gens aiment les choses gentillettes. Mais comme avec ma retraite je n’ai pas besoin de ma peinture pour vivre, j’ai choisi de ne faire que ce que j’avais envie de faire. Il est vrai que lorsque je peignais des choses classiques, je vendais beaucoup plus de toiles. Mais ce n’était pas emballant pour moi ». Sa plus grande satisfaction ? « La plupart du temps ce sont des femmes qui achètent mes toiles, parce qu’elles s’y retrouvent », conclut Josette Houel.

 

Andrée Muller

 

 

 

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