La version de votre navigateur est obsolète. Nous vous recommandons vivement d'actualiser votre navigateur vers la dernière version.

Jean-Marc Chamard, l’artiste qui répare les animaux

Posté le 15/10/2018

 

Chercher en permanence de nouveaux supports, de nouveaux matériaux, de nouvelles idées, de nouvelles façons d’exprimer une créativité qui s’inspire autant de la nature que de la vie politique, économique ou sociale… Jean-Marc Chamard est constamment à la recherche de quelque chose d’autre.  Sans règles ni préjugés, cet artiste à l’imagination débordante aime avant tout donner libre court à sa créativité… Dans une cour d’ailleurs aujourd’hui assez grande pour lui permettre de donner vie à des éléphants en vraie grandeur qu’il érige en roi de la nature…

Son amour pour les animaux et sa sensibilité écologique sont les deux aspects qui caractérisent certainement le mieux aujourd’hui le travail de Jean-Marc Chamard. De ses études aux Beaux-Arts de Saint Etienne dont il garde un somptueux souvenir à la page Facebook de son projet « Eléphants XXL 2018 » suivie par quelques milliers d’internautes (voir ici), il s’est intéressé tour à tour aux paysages et à l’aquarelle figurative, à l’aquarelle « inversée » qui lui permettra de peindre des sardines et autres poissons sur fonds noirs, à l’acrylique, aux moutons, aux léopards, aux tigres et enfin aux éléphants sur tôle rouillée dont le but est de sensibiliser aux dangers écologiques qui menacent notre planète. 

 

Aimant autant les couleurs de la nature que la nature elle-même, Jean-Marc Chamard appartient en effet à cette catégorie d’artistes qui magnifient les animaux pour s’insurger contre le sort auquel les condamnent les humains depuis des décennies. Il fait ainsi de son projet « éléphants XXL 2018 » un argument pour tenter de réconcilier la société avec son environnement : « Mes éléphants ne sont pas à vendre, précise-t-il.Ce sont des œuvres dont le but est de récolter de l’argent pour améliorer leur sort ». Reversant à des parcs zoologiques - celui de Peaugres situé à proximité de ses terres en particulier - une part des revenus du projet, il emmène ses grands pachydermes en tournée sur l’Hexagone. Ses éléphants grandeur nature peints sur des tôles rouillées seront ainsi successivement visibles dans plusieurs villes de France : à Bry sur Marne jusqu’en décembre 2018 où ils ont été élus « coup de cœur » du Salon National des Artistes Animaliers (SNAA), puis à Aubenas, à Vals-les-Bains, à Privas, à Chambery… 

 

Pour l’amour de la nature.Réparant avec ses dessins des oreilles fendues ou des défenses cassées, une autre caractéristique du travail de Jean-Marc Chamard est sa faculté d’anoblir les animaux sauvages : « Je veux avec ma peinture rendre leur majesté aux animaux », dit-il. Ainsi lorsqu’il peint des léopards, des tigres, des jaguars ou des girafes, il espère bien sûr vendre ses tableaux, mais il veut également transmettre son amour pour eux : « Je veux que les gens partent avec un animal chez eux,explique-t-il. Je veux qu’ils adoptent des animaux. Ma première réalisation a été un léopard sur un support isorel avec des yeux qui ne vous lâchent pas, ils suivent à 180° la personne qui les regarde. Après les léopards j’ai peint des tigres. Puis, depuis deux ans et demi, j’ai basculé vers les éléphants, sur de nouveaux supports métalliques ». 

 

 

 

Les tigres, girafes et panthère peints par Jean-Marc Chamard semblent suivre des yeux ceux qui les regardent.

 

 

 

 

 

C’est à la suite d’un reportage télévisé filmant la détresse d’une mère éléphant et du troupeau tout entier face à la mort d’un éléphanteau, qu’il décide, très ému, de s’intéresser à eux. Jean-Marc Chamard va ainsi donner vie à de majestueux éléphants, couleur rouille ou couleur bleue : « Soit je travaille sur des plaques d'acier sur lesquelles je créé une production de rouille et je dessine alors des éléphants de couleur rouille, explique-t-il. Soit j’utilise des plaques de galvanisé qui demandent un travail d'oxydation différent et sur lesquelles je réalise des éléphants bleu turquoise ». 

 

 

 

 

Les différentes étapes de la création par Jean-Marc Chamard des éléphants rouille et bleu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De l’apprêt des tôles à la documentation, c’est de fait un très long travail de préparation que doit entreprendre Jean-Marc Chamard avant de se consacrer à la réalisation proprement dite de ses éléphants : « Je travaille réellement dessus qu’à partir du moment où les tôles sont prêtes, poursuit-il. Je réalise alors un gabarit que je pose sur les tôles. A la meuleuse, j’enlève la rouille des parties qui vont être peintes. Ensuite je traite pour que la rouille ne revienne pas. Puis je passe de l’enduit pour que la peinture tienne. Et ce n’est qu’après avoir effectué ces différentes tâches que je passe à la peinture proprement dite. J’utilise de la peinture acrylique, sans palette et uniquement avec des petits pinceaux. Ce qui équivaut à quelques 900 000 à 1 million coups de pinceau !... Par contre lorsque je prépare mes dessins, je réalise des croquis colorés. Cela me permet de voir si l’ensemble tient la route ».Tout ce travail d’artiste ne peut bien sûr se réaliser que dans un contexte matériel spécifique : « Il m’a fallu construire une estrade dans mon parc pour pouvoir peindre mes éléphants, ainsi je peux tourner autour et rester en permanence à la bonne hauteur ». 

 

Artiste professionnel depuis 1993, il revient vivre dans son village natalde Burzet en Ardèche en 2014, dans une maison qu’il restaure depuis 40 ans. Disposant là d’un grand atelier et pouvant travailler en extérieur, il s’autorise dès lors des réalisations grandeur nature : « Ce changement de lieu m’a permis de faire des choses qui nécessitent de l’espace, et surtout de l’espace pas fragile. Comme des graines dans un sachet dont il ne manque que le terreauces choses se sont révélées ». Comment ? Flash-back…

 

Un artiste caméléon.« J’ai suivi un parcours scolaire classique jusqu’au bac, raconte Jean-Marc Chamard. En même temps, je suis rentré à 16 ans aux Beaux-Arts à Saint-Étienne. Pour moi c’était comme rencontrer le Bon Dieu. J’ai côtoyé des grands maîtres qui m’expliquaient tout, j’étais heureux »… Tout en menant une carrière de graphiste, d’abord à l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile à Toulouse (ENAC) puis au GIAT à Saint Etienne où il découvre l’imprimerie et la photographie, Jean-Marc Chamard n’a pas cessé depuis l’âge de quatre ans de peindre et dessiner. « J’ai commencé à exposer très jeune, poursuit-il. Tous les étés je revenais dans mon village natal, à Burzet en Ardèche, où je réalisais des devantures de magasin, des flancs de cars, des reproductions de maîtres pour décorer les stands des foires… Puis j’ai exposé à Toulouse, à Saint-Étienne, en Rhône-Alpes… Tous les quatre ans je changeais de technique ou de support. J’ai exposé ainsi peu à peu au Japon, en Arabie Saoudite, en Allemagne, aux Etats-Unis… Cela fait 50 ans que j’expose. » 

 

Des paysages ardéchois aux éléphants grands formats d’aujourd’hui, les réalisations de Jean-Marc Chamard ont été en effet très diverses : « Après avoir fait connaître ma région à travers mes aquarelles, je suis passé à la Provence, souligne-t-il. Ensuite à partir de 1994, j’ai fait des marines pendant trois à quatre ans. Puis à Aubenasoù je devais présenter une grande exposition dans son prestigieux château, on m’a dit, « il nous faut des œuvres innovantes ». Ayant alors l’idée de peindre quelque chose qui brille sur fond noir, je suis parti sur les sardines et les poissons en aquarelle inversée ». 

 

 

 

Sardines et poissons en aquarelle inversée de Jean-Marc Chamard.

 

 

 

 

 

 

Et c’est ainsi que Jean-Marc Chamard se lance dans la 3D, produit des tableaux en relief, parodie pendant deux à trois ans des statues célèbres en y ajoutant des poissons... Multipliant ses idées et renouvelant sans cesse ses façons de peindre et de s’exprimer, il réalise pendant cette période bien d’autres choses encore. Par exemple les « pygmées oubliés », dessin sur un carton déchiré représentant des pygmées sur une pirogue auquel il a ajouté un filet avec des petits poissons dedans. 

 

 

 

 

« Les pygmées oubliés » et les moutons « fashion » de Jean-Marc Chamard.

 

 

 

 

 

Tout en continuant à peindre des paysages au couteau et à l’acrylique, il innove encore et encore… Et fait un pas de plus vers le monde animalier. C’est là en effet qu’arrivent les moutons : « Je suis parti de l’idée que les gens étant des moutons, il était difficile pour eux de s’isoler, dit-il. Mais ils peuvent en revanche se différencier en devenant blanc, vert, jaune, rouge… ». Faisant de ses moutons des caricatures traduisant les comportements humains et leurs défauts, il décline les sept péchés capitaux sous formes de tableaux. Représentant des moutons dont la partie laineuse est faite avec des tampons à vaisselle, ces tableaux sont des petites scénettes accompagnées de commentaires sur la vie politique, l’économie, la société. Tout cela en bas-relief, travaillé et peaufiné avec son ami encadreur : « Ces caricatures des humains ont marqué une bonne période pour moi, souligne Jean-Marc Chamard. Ensuite je suis allé à Innsbruck où au zoo, je me suis retrouvé nez à nez avec un lynx. Et là, il s’est passé quelque chose. C’était triste. C’était en 2014, et c’est comme ça que j’ai commencé l’art animalier… »

 

 

Andrée Muller

Partager via un média social