La version de votre navigateur est obsolète. Nous vous recommandons vivement d'actualiser votre navigateur vers la dernière version.

Christiane Roques, peintre de l’intime

Posté le 08/12/2014

 

Paysages urbains, terrasses de bar, personnages énigmatiques, univers sombre : les toiles de Christiane Simon-Roques semblent tout droit sorties d’un polar ! Enquête…

Elle dessine depuis sa plus tendre enfance. Peint ses premières toiles à seize ans. Veut être styliste de mode à vingt. Débutera finalement dans l’industrie textile. S’orientera ensuite vers la prévention. En donnant d’abord des cours de remise à niveau à des femmes Magrébines. Puis en exerçant en milieu carcéral. Aujourd’hui, en liaison avec les délégations régionales du Ministère de la Culture (Drac), elle finance et développe des projets culturels pour les prisons… Mais la passion de la peinture ne l’a jamais quittée. Christiane Roques peint et expose son travail depuis dix ans (à Strasbourg à la galerie Aida, au Conseil de l’Europe tous les deux ans, en Allemagne à la galerie Alpha...). Elle participe aussi à des salons comme ST’ART à Strasbourg ou le Grand Marché d’Art Contemporain à Paris.

Noir comme des barreaux de prison. Aujourd’hui, à cinquante ans, son envie de peindre est plus forte que jamais : « Je consacre actuellement  80% de mon temps à mon travail pour la culture dans les prisons, dit-elle. Et le reste du temps, c’est à dire les week-end, les jours fériés et pendant les vacances, je peints ! » Cette imbrication n’est pas neutre. Imprégnée de son parcours professionnel atypique, sa personnalité d’artiste est étonnante. Le noir occupe une place de choix dans de grandes toiles où elle raconte des instants de vie, des moments de solitude passés aux terrasses de brasseries qui évoquent les années 1950 : « Quand je démarre une toile, je trace d’abord le dessin avec de la peinture diluée, explique-t-elle. Ensuite je mets les tonalités ainsi que les différentes couleurs avec lesquelles je vais travailler. Mais très vite, j’ai besoin de mettre du noir. Car, pour moi, le noir est à la fois le moyen de donner de la profondeur à ma peinture et de communiquer mon émotion ».

Exprimer l’enfermement. Libre de peindre son ressenti sans faux-semblant ou prisonnière de ses idées, de ses habitudes, de son vécu ? Quoi qu’il en soit, les toiles de Christiane Roques expriment autant son empathie pour les autres que sa perception du monde : « Je pense qu’effectivement ma peinture reflète en partie mon parcours, dit-elle. J’aime bien peindre les gens. Mais mes toiles sont des lieux de sociabilité où les personnages que j’y installe sont souvent seuls ».

Intimité et solitude d’un coté, banalité des lieux de passage de l’autre : il ressort des couleurs et de la mise en scène des tableaux de Christiane Roques des ambiances singulières où les contrastes en clair-obscur se marient à la perfection avec ses personnages de romans policiers.

Une besogneuse. Comment viennent les idées ? Comment née une toile ? « Je parts d’une idée précise, explique-t-elle. Dans mon atelier j’ai des cartons remplis de photos que j’ai prises moi même, soit en extérieur, soit quand un film passe à la télé, ce qui me permet dans ce cas d’obtenir une lumière cinématographique. Je prends aussi des photos de gens connus sur internet ».

Après, c’est la mise en scène. Le tableau se transforme, s’enrichit. Il prend du sens : « Je compose, j’ajoute des personnages, poursuit-elle. Parfois j’introduits une personnalité connue. Mais si ma composition ne me parle pas, si je ne ressens rien, alors je recommence… » La réalisation d’une toile peut ainsi prendre du temps, beaucoup de temps : « Je suis très besogneuse lorsque j’effectue cette construction sur la toile. Pour les grands visages, c’est encore plus dur. Le moindre changement peut tout faire basculer ». Là s’effectue un autre volet du travail de création, plus intimiste : « C’est en faisant que je trouve, dit-elle. Je peints à l’acrylique car j’ai besoin que la peinture sèche vite. Il faut que dès le premier jour j’obtienne quelque chose sur ma toile. Après, ça va se transformer. Mais je dois partir de quelque chose ». Temps moyen pour réaliser une toile ? Une vingtaine de jours pleins !

Plusieurs toiles en cours ? « Cela peut arriver mais c’est très rare. En fait non, il faut que je travaille jusqu’au bout de la toile ».

Dur d’arrêter. Comment décider qu’une toile est finie ? « C’est le plus dur. J’ai toujours envie de changer quelque chose. Heureusement, j’ai mon mari, c’est mon premier fan et mon premier œil critique. Je m’aide de son regard. Mais c’est moi qui décide au final ».

Montrer son travail en cours de réalisation, bonne ou mauvaise pratique ? « Pour ma part, je ne supporte pas qu’on me regarde peindre, avoue Christiane Roques. Mais quand j’ai nettoyé mes pinceaux, j’ai besoin d’un autre regard. Mais il faut que ce soit quelqu’un que je connaisse bien ».

 

Andrée Muller

Partager via un média social