La version de votre navigateur est obsolète. Nous vous recommandons vivement d'actualiser votre navigateur vers la dernière version.

Anne de Larminat : une artiste conquérante

Posté le 30/04/2018

 

« Le fait d’être une femme, une maman et une artiste… ça fait beaucoup ! » : cette observation d’Anne de Larminat qualifie parfaitement bien son identité d’artiste. Une femme qui a beaucoup de choses à dire. Une mère qui est sensible à la beauté de la création. Une artiste capable à travers ses peintures de faire partager ses impressions, son regard et sa sensibilité. Portrait d’une artiste contemporaine qui, en outre, se moque des dictats !... 

Un bac obtenu très jeune, une maîtrise de Lettres Modernes de la Sorbonne et le Capes en poche, professeure de lettres dans la foulée, un mariage à 20 ans… Anne de Larminat aurait pu suivre gentiment une vie bien réglée d’avance. Elle ne l’a pas fait. Mais a reconstruit au contraire sa destinée sur la base de l’artiste qu’elle a toujours été. Résultat : elle est aujourd’hui une artiste peintre à 100% qui vit de son art : « Je suis née en 1962, j’ai 56 ans et j’ai une deuxième vieAujourd’hui, je suis une artiste et une femme qui avance ».

 

Inscrite à la Maison des Artistes depuis 2013 et reconnue par la profession, il lui a fallu néanmoins retrouver d’abord ses repères après un démarrage chaotique de sa vie d’adulte : « J’ai eu cinq enfants, j’ai été mariée très jeune. Et c’est curieux, mon nom de naissance, Anne de Larminat, j’ai mis longtemps à me le réapproprier… » avoue-t-elle. Ce n’est en effet qu’après avoir été malmenée, qu’elle a trouvé dans la peinture la force de se reconstruire : « J’ai toujours peint, poursuit-elle. Et c’est par les pinceaux que mon bonheur de vivre est sorti. J’ai ainsi commencé à peindre réellement et à exposer à partir de mes 40 ans. Aujourd’hui je suis en mesure de le dire : je suis née artiste et je suis une artiste ».

 

 

Dire non au formatage. La force d’Anne de Larminat est d’abord d’être parvenue à reconstituer le puzzle éclaté de son identité en un ensemble qui fait sens. Pari réussi : les notions d’esthétique, de vie et de partage fondent aujourd’hui sa personnalité d’artiste. D’où sa devise : « L’art est un ensemble. La technique c’est bien, mais elle ne suffit pas : l’important est ce que l’on a à dire ». 

 

Pas de beaux-Arts ! Pas de cours de dessin ou de peinture académiques, mais une rencontre au début des années 2000 avec l’artiste Isabelle de Ganay (élève du peintre Malet, Ecole de Rouen) consacrée à la peinture à l’huile et à la peinture sur le vif, puis de 2007 à 2011 des cours aux Ateliers du Carrousel (Antenne des Arts Décoratifs, Paris) ainsi que des voyages de peinture en Europe :« Je suis un cheval sauvage », argumente Anne de Larminat. Issue d’une famille aristocratique aux nombreux enfants, elle doit l’essentiel de sa formation artistique à sa mère et à sa grand-mère maternelle, toutes deux artistes. « En fait, j’avais l’école à la maison, explique-t-elle. J’ai eu cette chance, on n’a pas étouffé ma créativité. Le fait d’avoir fait des études de Lettres et non les Beaux-Arts a été en effet une chance pour moi. Peut-être à tort, je pensais que je n'étais pas prête à affronter ce milieu. Je croyais que les professeurs me formateraient, voire me casseraient. Alors, j'ai dévoré les livres, les expositions, les musées… Et c'est finalement moi qui ai choisi mes Maîtres au fil des années et de mes découvertes, à mon rythme ». 

 

Liberté aussi du côté des méthodes, Anne de Larminat utilise plusieurs techniques simultanément, les associe ou les substitue l’une à l’autre suivant l’émotion du moment : « J’ai travaillé d’abord l’huile, qui est à mon avis l’essence même de la peinture. Mais je n’ai pas peur d’utiliser aussi le crayon, le fusain, l’encre, l’acrylique... Je les ai tous explorés, et je me sers de tous ! » 

 

L’idée ? Ne jamais cesser d’explorer, garder un regard toujours neuf et, surtout, créer en permanence. Des exemples ? Réaliser différents tableaux en peignant sur des fonds d’acrylique rouge, dessiner des raisins à l’encre sur une toile parce que les peindre simplement au pinceau cela l’ennuie, ou encore poser des maquereaux par terre sur un torchon et les regarder de haut afin de se libérer de l’imagerie classique. « Pour ces derniers, indique-t-elle, j’ai beaucoup gambergé. J’ai pris une première toile et j’ai cherché. Puis, j’ai peint trois toiles différentes… En fait, je fais plein de choses comme cela lorsque je suis dans mon chemin de peintre ». Ce chemin est-il différent de la notion classique de série qui consiste pour un peintre à réaliser, dix, vingt tableaux sur le même thème, les mêmes couleurs, le même style ? « Bien sûr qu’il est différent, s’insurge Anne de Larminat. Je pense que les marchands d’art se trompent lorsqu’ils croient mieux accrocher l’œil du passant en présentant vingt ou trente toiles qui se ressemblent ! »

 

Un besoin de partage. Se revendiquant peintre et non plasticienne, Anne de Larminat aime particulièrement peindre en extérieur, réaliser des portraits sur le vif, faire vivre des paysages ou encore alimenter son « Bestiaire marin » … ce qui n'exclut pas les travaux de composition dans son atelier. Car pour elle, c'est en trois mots que se définit l'artiste peintre : la composition qui donne le point de vue de l'artiste, le choix des couleurs - plus elle avance plus elle aime, à partir de peu de couleurs, donner l'illusion de combinaisons multiples -, et enfin le trait ou la touche qui est la signature de l’artiste.

 

Associée à son amour des voyages, à son attirance pour les autres et à son intérêt pour les portraits, on comprend comment cette ligne de conduite qui se définit en trois mots l’a amenée en quelques années seulement à produire des œuvres à la fois très différentes et très personnelles. 

 

C’est ainsi l’histoire du portrait du poète René de Obaldia : « Mon frère ainé, qui était mon parrain, me lisait souvent un poème de René de Obaldia, « J'ai trempé mon doigt dans la confiture », se souvient Anne de Larminat. Alors lorsque j’ai obtenu un rendez-vous chez lui et qu’il a accepté que je réalise son portrait, j’ai reçu cela comme un véritable cadeau ». C'est aussi celle de Jacques Villeglé, avec lequel elle se « connecte » au Salon d'Automne 2017 et dont elle réalise également le portrait dans l'atelier de ce dernier. Elle a peint ce portrait en une heure ! Autre « cadeau » : Eléna qui lui propose de peindre les caves de son domaine viticole à proximité de Sienne (en Italie en Toscane). Ou encore ce marin pêcheur de Brest qui l’autorise à s’installer dans ses locaux pour peindre pendant quatre jours. Mais il y a aussi la fresque « Regards d’Enfants » (ici sur Youtube) pour laquelle Anne de Larminat associe dessins, peinture, musique et références littéraires. Il lui aura fallu neuf mois de gestation pour quinze jours de réalisation ! Autre cadeau encore : la remarque de ce spectateur « de voir danser les pinceaux » d’Anne de Larminat lors d’une création improvisée sur scène (voir ici sur Youtube).

 

Transmettre, une vocation. Sa capacité à enseigner, et par ce biais à transmettre, est une autre composante de la personnalité d’Anne de Larminat qui contribue à sa patte d’artiste : « Ce qui m’a ennuyé le plus lorsque j’ai démissionné de mon métier d’enseignante, a été d’avoir le sentiment d'abandonner les jeunes qui m'étaient confiés chaque année, explique-t-elle. Mon plus grand bonheur de professeure était en effet de transmettre, et je crois que j’y parvenais. C’est cela que je veux faire avec la peinturefinalement à plus grande échelle. ». 

 

Comment ? « En ce moment j’ai un projet dans la tête sur le thème « un peintre s‘invite chez vous » qui consisterait à exposer des œuvres dans différents univers fermés afin de susciter le dialogue ». L’idée ? Utiliser la peinture pour créer des passerelles avec les personnes en désuétude. « Je l’ai déjà fait dans un lycée avec des jeunes marginaux, le résultat a été profond et vrai. Je pense sincèrement que c’est réalisable dans beaucoup d’autres domaines ». Conclusion d’Anne de Larminat : « Si, à mi-chemin dans la création, souvent je doute, lorsque je partage je ne doute plus… »

 

 

Andrée Muller

 

Partager via un média social