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Xavier Fatou : du carnet de croquis à la lithographie

Posté le 30/01/2020

 

La technique d’impression de lithographie sur pierre correspond bien à la patte d’artiste de Xavier Fatou, dont les œuvres monochromes évoquent les grands maîtres de la peinture occidentale. Imprimées sur les presses du XIXe siècle de l’imprimerie parisienne Idem, les lithographies de Xavier Fatou semblent jouer avec le temps et la matière, avec l’ombre et la lumière. Elles donnent du relief à sa façon très personnelle de poser les valeurs. Sa sensibilité d’artiste empreinte d’histoire de l’art prend une nouvelle dimension. Présentation de cet artiste qui n’a pas peur d’expérimenter, d’essayer…

 

Lithographies, acryliques sur toile ou sur papier, dessins… Xavier Fatou est un artiste dont la patte se reconnaît au premier coup d’œil. Ambiances étranges et mystérieuses, composition et personnages évoquant les plus grands maîtres de la peinture, jeux sur les valeurs et les monochromes : les œuvres de Xavier Fatou s’inscrivent dans l’histoire de l’art tout en restant très personnelles. Cette alliance entre classicisme et originalité est certainement l’une des raisons pour lesquelles cet artiste diplômé des Beaux-Arts de Paris (1989) apprécie particulièrement le temps passé au sein de l’atelier de lithographie de l’imprimerie d'art parisienne Idem

 

Un travail de collaboration. Spécialiste mondialement reconnu de cette technique qui consiste à utiliser de grandes pierres plates de calcaire comme support d’impression, l’imprimerie d’art parisienne Idem est située à quelques rues de la tour Montparnasse dans un atelier sous verrière de 1 400 m2 construit en 1881 par l’imprimeur Eugène Dufrénoy. Ensuite occupé par les imprimeries Michard spécialisées dans l’édition de cartes géographiques pendant une quarantaine d’années, cet atelier sera repris en 1976 par l’imprimerie Mourlot qui a travaillé avec des artistes aussi prestigieux que Matisse, Picasso, Miro, Dubuffet, Braque, Chagall, Giacometti, Léger, Cocteau, Calder… Dans cet atelier hors du temps, l’imprimerie Idem dispose aujourd’hui de presses à bras datant du XIXe siècle, de presses lithographiques, d’un stock de plusieurs tonnes de pierres, de multiples types et formats de papier… et surtout d’un grand esprit de collaboration : « Je suis allé travailler dans l’atelier de l’imprimerie Idem pour la première fois le 5 avril 2018, raconte Xavier Fatou. Au départ, j’y allais juste pour regarder les presses et visiter l’atelier, et c’est alors qu’ils m’ont proposé de venir faire mes lithographies sur place ». Comment ça se passe ? « Quand je vais à l’atelier, j’arrive avec les croquis que je veux redessiner sur la pierreLa première fois, comme j’avais peur de rater, j’ai utilisé du papier calque. On se retrouve en effet un peu sans filet, car c’est compliqué d’effacer sur la pierreMais maintenant je dessine assez souvent au jugé. Comme je travaille à l’acrylique par soustraction, en enlevant de la peinture à l’éponge sur mes toiles, j’ai pu récupérer cette gestuelle lorsque je dessine directement sur la pierre ». 

 

L’importance du carnet de croquis. Autre découverte. Alors que cette technique de lithographie sur pierre procure un sentiment d’irréversibilité (d’œuvre gravée dans la pierre au sens propre du terme), elle offre paradoxalement la possibilité de réaliser une œuvre unique à chaque impression : « On peut par exemple ajouter des éléments supplémentaires avec de l’encre d’imprimerie sur une sortie impriméeOn peut aussi modifier le calage de la feuille sur la presse ». Artiste qui aime bien faire des expériences, ces possibilités d’interventions in situ ont beaucoup intéressé Xavier Fatou : « C’est d’autant plus intéressant que les techniciens de l’imprimerie, qui sont réellement très compétents, participent à ces expériences. De fait, un vrai dialogue s’est établi entre nous ».

 

Côté travail d’artiste, Xavier Fatou dispose avec son carnet de croquis d’un véritable trésor. Il reprend dans ses lithographies aussi bien les personnages et les dessins que les observations et les idées qu’il a inscrits au fil des jours et des rencontres dans ce précieux cahier. C’est sa mémoire d’artiste. Ce carnet lui sert aussi bien pour peindre sur une toile que pour dessiner sur une pierre, pour se souvenir que pour avancer : « Il y a effectivement beaucoup de choses dans mon carnet de croquis, explique-t-il. J’utilise un peu tout ce que j’ai sous la main au moment donné : un stylo, une plume, un bic, un crayon à papier… J’ajoute également assez souvent des indications pour me repérer. Et là j’applique la formule « si vous avez quelque chose dans la tête, faites le car sinon cela empêche d’avancer », que me disait souvent Pierre-Mattey, mon professeur aux Beaux-Arts », conclut Xavier Fatou

 

Andrée Muller

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