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Voir le monde par la fenêtre

Posté le 09/09/2019

 

Passerelle entre l’intérieur et l’extérieur, l’intime et le public, mais aussi entre le réel et l’imaginaire, le ressenti et l’exprimé… la fenêtre est à la fois pour les artistes peintres un reflet de leur vision du monde et une mise en lumière des contours de ce qui, pour eux, relève de l’intime. Cette diversité de sens fait de la fenêtre un sujet artistique intensément riche. Au moyen âge elle évoque la lumière divine, puis elle relève du domaine de l’intime avec Edward Hopper et devient énigmatique avec les surréalistes, René Magritte en particulier… Mainte fois utilisée et sans cesse renouvelée, cette fenêtre aux résonnances multiples n’est en effet jamais la même d’un artiste à l’autre, qu’ils appartiennent aux mêmes époques ou aux mêmes écoles. Qu’en est-il aujourd’hui dans la peinture contemporaine ? Des fenêtres indiscrètes d’Harry Boudchicha aux vues dansantes de Valérie Lacalmontie en passant par les contre-jours de Paul Riollet, les scènes de vie de Marie France Garrigues ou les intérieurs de Virginie Mézan de Malartic, voici cinq façons très différentes de découvrir le monde, en passant par la fenêtre…

« Indissociable des recherches sur la perspective menées à la Renaissance, la fenêtre n’a cessé d’être réinterprétée au gré des époques et des courants artistiques. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les peintres utilisent son cadre pour guider le regard vers des paysages rêvés, des vues réalistes ou, à l’inverse, pour faire pénétrer la lumière au plus profond des intérieurs. Ensuite, de nombreux artistes se servent de la fenêtre et de ses reflets pour brouiller la limite entre le dedans et le dehors» (voir la suite ici). C’est ainsi qu’en 2013 la Fondation de l’Hermitage à Lausanne présentait son exposition « Fenêtres, de la Renaissance à nos jours, Dürer, Monet, Magritte… ». Sujet ou objet, ouverte ou fermée, transparente ou opaque, structurante ou déstructurée… les interprétations artistiques de la fenêtre sont multiples. Parfois en correspondance avec une école, un style ou une époque, elles sont d’autrefois au contraire libres de toute contingence. Voici cinq exemples de fenêtres d’aujourd’hui. 

 

Harry Boudchicha : « Fenêtres », huile sur toile, tableau appartenant à la série « intérieurs » (voir ici) présenté par la ArtEthic Galerie, exposition « L’art en fête », novembre 2018.

Artiste peintre travaillant dans le 14ème arrondissement de Paris, Harry Boudchicha dirige l’Atelier Boubok où il enseigne le dessin et la peinture. Après des études à l’Atelier de Sèvres, l’Académie Saint-Roque et les Beaux-Arts Montparnasse de Paris, il part au Sénégal où il commence véritablement sa carrière d’artiste peintre. De ses premières huiles sur bois inspirées par les couleurs de l’Afrique aux nus chatoyants de ces dernières années, Harry Boudchicha dessine et peint d’après modèles, croque des scènes de vie, s’intéresse à la ville, aux parcs, aux fenêtres des immeubles…

 

 

Virginie Mézan de Malartic : « 105 faubourg St Honoré », huile sur toile, 116 x 81cm, exposée au salon parisien art3f, 2017. 

Virginie Mézan de Malartic joue sur les ombres et les lumières, travaille les contrastes comme une matière en soi, fait des ambiances le sujet essentiel de ses tableaux. Elle peint des personnages aux allures sophistiquées dans des habitats qui ressemblent à des décors de théâtre. Lieux magiques dans lesquels chacun peut donner libre cours à son imagination, ses toiles sont faites de couches successives de peinture auxquelles elle ajoute parfois du pigmenttout en gardant l’équilibre entre fluidité et épaisseur, ombre et lumière.

 

 

Pierre Riollet : « Soft Ticket », huile sur toile, 100 x 100 cm, présentée au salon parisienart-3f en 2015.

Rappelant parfois les ambiances étranges d’Edward Hopper, les huiles de Pierre Riollet sont des paysages urbains en trompe-l’œil qui apparaissant derrière des ponts, dans l’encadrement de portes, au travers de fenêtres... Peignant essentiellement sur des toiles de grands formats, Pierre Riollet joue avec la lumière à la façon d’un photographe qui forcerait sur les contre-jours et les contrastes. 

 

 

 

Marie France Garrigues :« Le Balcon », 92 x 73 x 2,5 cm, huile, 2019.

Les paysages urbains vus à travers les fenêtres de grands immeubles de Marie France Garrigues évoquent New York, Paris, la solitude des grandes villes et, paradoxalement, la quiétude et même la rêverie. La ville n’y est pas en effet déshumanisée. Au contraire, les ponts, les rues et les immeubles de Marie France Garrigues semblent vivre dans ses tableaux leur propre vie. 

 

 

 

 

Valérie Lacalmontie : « La fille aux fleurs », huile, 46 x 33 cm.

Valérie Lacalmontie passe de l’hyperréalisme à l’imaginaire, des tons pastels aux couleurs vives, des lignes droites aux ondulations. Elle peint depuis toujours ses tableaux à l’huile, avec parfois un fond à l’acrylique pour le démarrage. S’inspirant à ses débuts de photos, elle s’en détache petit à petit au fil des ans. Aujourd’hui c’est son imagination qui lui sert de guide pour faire danser les murs et les maisons de ses étonnants paysages (voir l’article « Valérie Lacalmontie, l’artiste qui fait danser les murs »).

 

 

 

 

Et si pour conclure on évoquait l’idée que l’écran serait aujourd’hui, lui aussi à sa façon, un tableau semblable à une fenêtre ouverte sur le monde, tel que le décrivait Alberti dans « De pictura »paru en 1435 ? Mélange de dedans et de dehors, d’intime et de public, de réel et d’imaginaire : les écrans avec les réseaux et leurs panoplies de hashtags (#peinture, #dessin, #streetart, #popart, #pixelart, #peinturenumerique… ) qui renvoient à toute une kyrielle de communautés artistiques plus ou moins catégorisées ne deviennent-ils pas aussi, en effet, autant de fenêtres ouvertes sur l’art contemporain ?

 

Andrée Muller

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