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« Street Art 13 » : zoom sur 13 œuvres

Posté le 23/06/2020

 

C215, Cryptik, Btoy, Faile, D*Face, Maye, Seth, Inti, Conor Harrington, Obey, Bom.K et Hownosm : les œuvres de ces 13 street-artists reconnus dans le monde entier habillent les façades d’immeubles situés autour de la station de métro « Nationale » à Paris dans le 13earrondissement. C’est dans ce quartier parisien habités par de nombreux artistes que le projet « Street Art 13 » a pris naissance en 2009. Co-initié par Jérôme Coumet, amateur d’art et maire du 13e arrondissement de Paris et Medhi Ben Cheikh fondateur de la galerie d’art urbain Itinerrance, ce projet consiste à faire de l’arrondissement une référence mondiale en matière de street-art. Pari réussi : plus d’une vingtaine d’œuvres signées par des graffeurs donnent aujourd’hui des airs de fête et de liberté à cette portion du boulevard Vincent Auriol. 

 

Bien sûr ces 13 œuvres de street-art ne sont pas, loin s’en faut, les seules à voir dans Paris, ni d’ailleurs les seules aussi à voir dans le 13earrondissement (voir ici le site boulevardparis13.com qui propose un parcours de street-art de plus d’une vingtaine d’œuvres). Ces œuvres présentent en revanche l’avantage de donner un panorama assez exhaustif de ce qui se fait de mieux actuellement en matière d’art urbain. Et ce, sur une distance relativement courte. Géographiquement groupées et en même temps suffisamment diversifiées, leur ensemble forme en effet un échantillon représentatif du street-art contemporain particulièrement intéressant : elles s’inscrivent dans le courant actuel de la peinture figurative, elles portent des messages sociétaux et elles sont toutes réalisées par des artistes diplômés des Beaux-Arts ou de grandes écoles artistiques, avec cependant une très faible proportion de femmes… Tout en restant dans les limites de la promenade d’agrément. Bref, le parcours du boulevard Vincent Auriol mérite largement la visite ! Petit aperçu.

 

 

 

Réalisé en avril 2013, le chat de C215 se situe à l’angle de la rue Nationale et du boulevard Vincent Auriol sur le mur d’un immeuble de 6 étages de quelques 25 mètres de hauteur.

 

 

 

 

Né en 1973 à Bondy (93), Christian Guémy a commencé la peinture au pistolet en 2005. Il signe ses œuvres C215 et utilise la technique du pochoir pour réaliser des portraits de personnages des rues : « J'aime montrer des choses et des gens que la société vise à garder cachés : les sans-abri, les fumeurs, les enfants des rues, les amoureux des bancs par exemple », écrit-il sur son site web en présentation de son travail. Comptant parmi les acteurs du street-art les plus influents en France comme à l’étranger, passionné d’histoire de l’art et grand admirateur du peintre italien Caravage, C215 joue avec une extrême sensibilité avec les couleurs et la lumière. Ses chiens, chats, laissés-pour-compte, portraits d’anonymes ou au contraire de célébrités sont d’une étonnante présence, souvent renforcée par leur grande taille… Réalisée à l’angle d’une rue d’Ivry-sur-Seine où il possède son atelier, sa toute dernière œuvre intitulée « l’Amour au temps du coronavirus » représente un couple d’amoureux s’embrassant avec leurs masques. Sa vente en tirage d'art est réalisée au profit de la Fondation hôpitaux de Paris-hôpitaux de France. 

 

 

 

Située au-dessus de la librairie Nicole Maruani sur le boulevard Vincent Auriol, cette œuvre en écriture latine calligraphiée de Cryptick reprend un poème de l’écrivain arméno-américain William Saroyan. Elle débute par l’injonction : « Dans le temps qu’il t’est donné à vivre, vis ».

 

 

 

 

Artiste d’origine coréenne vivant à Los Angeles (Californie), Cryptik explore le domaine de la spiritualité et de la conscience. Bien reconnaissable, sa calligraphie se retrouve sur les murs des villes de Californie ou d’Europe. Avec ces véritables mandalas urbains géants, Cryptik veut offrir aux passants l’occasion de s‘évader de leur matérialité. Il veut leur donner des idées et des perspectives différentes, les intéresser à d’autres cultures, d’autres spiritualités… et plus largement les pousser vers d’autres philosophies de vie. Une exposition personnelle lui était consacrée en septembre dernier à Paris par la Galerie Itinerrance.

 

 

Portrait d’Evelyn Nesbit par Btoy visible place Pinel, à l’entrée de la rue Esquirol, à Paris dans le 13e arrondissement. Danseuse de cabaret et actrice des années folles Evelyn Nesbit fut, entre-autre, la personnification de l’idéal féminin américain au début du XXe siècle.

 

 

 

 

 

Née en 1977, Andrea Michaelsson est une street-artist vivant et travaillant dans sa ville natale de Barcelone (Espagne) où elle a suivi des études artistiques à l'Institut des Études Photographiques (2001-2003). Mieux connue sous le nom de Btoy, elle s’intéresse essentiellement à l’image des femmes, à leur place dans la société, aux inégalités de genre. S’inspirant de la vie à Hollywood dans la première moitié du vingtième siècle, ses portraits réalisés à partir d’anciennes photographies évoquent les personnalités féminines de l’époque. Pratiquant le pochoir depuis 2001, elle débute réellement sa carrière de street-artist en 2002 en expérimentant différentes techniques (peinture acrylique, spray, pochoir…). Elle est aujourd’hui pleinement reconnue au niveau international, en particulier grâce à sa participation au Cans Festival 2008 de Banksy où elle a réalisé plusieurs fresques murales dans un tunnel de Waterloo Station. Ses œuvres sont exposées dans des galeries d'art de Los Angeles, Londres, Düsseldorf, Barcelone, Bruxelles…

 

 

 

Peinte par Faile sur un immeuble de 12 étages, cette fresque intitulée « Et j’ai retenu mon souffle » représente une ballerine entre ciel et terre au-dessus d’un paysage urbain. Elle est située à l’angle de la rue Jeanne d’Arc et du Boulevard Vincent Auriol.

 

 

 

 

 

Anagramme de leur premier projet, « A life », Faile est le nom du duo formé par deux artistes, Patrick McNeil né en 1975 à Edmonton (en Alberta au Canada) et Patrick Miller né en 1976 à Minneapolis (état du Minnesota aux Etats-Unis). Tous deux vivent et travaillent depuis 1999 dans le quartier de Brooklyn à New York. Utilisant pochoir, peinture et collage, ils créent de grandes fresques inspirées de la culture de masse. Ils s’inspirent de l’imagerie populaire et du foisonnement urbain pour traduire autant la vie luxuriante que le chaos des grandes villes. 

 

 

 

 

Dessinée par D*Face « Turncoat » est située au 155 boulevard Vincent Auriol, tout près l’immeuble de la Place Pinel où se trouve « Love won’t tear us apart », une autre fresque de cet artiste britannique au style pop art. Les deux peintures se font quasiment face.

 

 

 

 

Né en 1978, Dean Stockton signe ses œuvres sous le nom de D*Face. Dans un style pop art très reconnaissable qui rappelle Roy Lichtenstein et Andy Warhol, cet artiste britannique peint des portraits et des personnages particulièrement expressifs, féminins autant que masculins. Parfois accompagnés d’un commentaire, ces femmes et ces hommes créés par D*Face ressemblent à des héros de Comics. Ils interrogent la société et la consommation de masse, et ce sont eux et leur questionnement qui ont poussé Dean Stockton à faire du street-art son métier. 

 

 

 

Cette étonnante fresque dessinée par Maye représente un gardian camarguais muni d’une bombe aérosol et chevauchant un flamand rose. Elle est visible au N° 13 du boulevard Vincent Auriol.

 

 

 

 

 

Né à Sète en 1990, Victorien Liria signe ses œuvres sous le nom de Maye. Artiste de la narration et du fantastique, ce passionné de dessin et du graffiti réalise ses tableaux aussi bien dans la rue, sur les murs des immeubles, que sur des toiles. Travaillant les deux de façon complémentaire, il approfondit sur la toile les scènes et les univers qu’il expérimente et démarre sur les murs. Souvent dans des positions insolites, les étranges personnages de Maye sont dégingandés et ont des formes élancées. Ils racontent des histoires qui dénoncent la pollution et questionnent notre rapport à l’environnement.

 

 

 

« Gamin de Paris » : cette nouvelle peinture en anamorphose de Seth appliquée sur son ancienne fresque permet de voir des choses différentes suivant l’endroit où l’on se positionne. Visible sur l’immeuble de la rue Jeanne d'Arc proche du boulevard Vincent Auriol, elle est une façon simple de dire que « finalement tout n’est qu’une question de point de vue ». 

 

 

 

Né à Paris en 1972, Julien Malland, est peintre, reporter, éditeur, graffeur… Au milieu des années 1990 il prend le nom de Seth, poursuit des études artistiques et commence à peindre sur les murs de Paris. Diplômé de l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs (ENSAD) en 20005, il créé des personnages et participe à de nombreux projets en France et à l’étranger. Parcourant le monde, il s’intéresse à toutes les nouvelles formes d’art urbain et cherche son inspiration dans les voyages et les rencontres. Son style évolue mais son travail reste reconnaissable par la place qu’occupent les enfants dans ses peintures. A la fois symbole du futur, messager et image de l’innocence, l’enfant est souvent placé dans les œuvres de Seth dans des contextes sociétaux difficiles.

 

 

 

 

« La Madre Secular 2 » : cette représentation laïque de la Madone par Inti peut être vue comme une allégorie de la connaissance et du scepticisme. Elle est visible au N° 81 du boulevard Vincent Auriol.

 

 

 

 

Né en 1982 à Valparaíso (Santiago au Chili), Inti Castro est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Viña Del Mar. Vivant entre la France, l’Espagne et le Chili, l’artiste Inti s’inspire de la culture populaire sud-américaine, de l’art précolombien et du muralisme, mouvement qui prône la nécessité d'un art qui parle à tous. Le plus souvent de très grande taille, ses fresques font référence aux religions chrétiennes et païennes, à la vie et à la mort, à la civilisation inca, à la révolution chilienne des années 1970. Dans un style poétique et surréaliste qui lui est propre, Inti fait vivre des personnages de la culture populaire sud-américaine, en particulier les madones aux couleurs chaudes et le Kusillo, figure du carnaval bolivien vêtu d’un patchwork de tissus colorés. 

 

 

 

Terminée il y a tout juste un an, cette fresque est située au 169 Boulevard Vincent Auriol, entre celles de How&Nosm et de Cryptik.

 

 

 

 

 

Artiste britannique né à Newcastle, Hush vit et travaille à Londres. Après un séjour en Asie, d’abord à Hong-Kong puis au Japon où il exercera le métier de designer pour jouets, il est fasciné par les femmes asiatiques qui parviennent à marier tradition et culture occidentale. Il s’inspire de leur mode vestimentaire pour créer des icônes féminines aux allures à la fois de personnage de pop art et de bandes dessinées. Il use du noir et blanc pour l’associer aux drapés colorés des geishas japonaises. Il mélange sensualité et innocence, et mixe également les techniques. Peinture acrylique, impression numérique, encre, sérigraphie... sa technique du « layering » consiste à juxtaposer toutes ces différentes couches.

 

 

 

 

« Etreinte et lutte » : cette fresque peinte en mars 2017 par Conor Harrington sur la façade d’un immeuble au N°85 du boulevard Vincent Auriol se trouve juste à côté de celle réalisée par Inti. 

 

 

 

 

Irlandais né à Cork en 1980 et vivant à Londres, Conor Harrington parvient à unir les principes de la peinture classique aux codes de l’art des rues. Sur la toile comme sur les murs de la ville, son style se reconnaît par cette fusion entre beaux-arts et art urbain. Puisant son inspiration auprès des peintres de la Renaissance, ses fresques associent hyper réalisme figuratif et fantastique. Conor Harrington joue avec les contrastes en mélangeant des éléments très détaillés à des parties quasi inachevées. Il associe également violence et finesse en représentant des personnages masculins aux postures souvent combatives. 

 

 

 

« Liberté, Égalité, Fraternité » : cette fresque de plusieurs dizaines de mètres de haut peinte en juin 2016 par Obey sur la façade d’un immeuble de la rue Nationale reprend l’œuvre qu’il avait créée en novembre 2015 en hommage aux victimes des attentats. Ajoutons pour la petite histoire que cette Marianne de Shepard Fairey a été également accrochée par Emmanuel Macron dans un salon de l'Elysée.

 

 

 

Considéré par l’Institut d’Art Contemporain de Boston comme l’un des artistes de street-art les plus influents du moment, Shepard Fairey signe sous le nom d’Obey. Né en 1970 à Charleston (en Caroline du Sud aux Etats-Unis), il vit et travaille à Los Angeles (Californie). Rendu célèbre par le poster Hope créé pour Barack Obama à l’occasion de la campagne présidentielle américaine de 2008, son nom autant que son style font référence dans le monde entier. Ses grandes fresques qui couvrent parfois des murs entiers d’immeuble sont chargées de messages socio-politiques forts. 

 

 

 

 

« La petite graffeuse » de Bom.K tient une bombe aérosol dans la main. Cette fresque toute en longueur dessinée au dos d’un immeuble est située au N°124 du boulevard Vincent Auriol.

 

 

 

 

Né en 1973 en banlieue sud Parisienne, Bom.k s‘initie sous l’influence des pionniers de l'époque au graffiti dès l’âge de 17 ans. Ses tags, fresques et lettrages sont alors à forte inspiration New-Yorkaise. Il fonde en 1999 avec l’artiste Iso le collectif DMV qui réunit aujourd’hui une dizaine de street-artists. Il commence dès lors à personnaliser son style et à créer tout un univers cauchemardesque fait de barres de bétons, de bad boys et de misère sociale. Travaillant aujourd’hui à la bombe aérosol aussi bien sur les murs que sur des toiles, il enrichit toujours plus sont son imaginaire, avec des créatures hybrides monstrueuses aux physiques et aux allures de plus en plus étranges.

 

 

 

 

« Sun Daze », la fresque réalisée par les deux jumeaux signée Hownosm est visible au N°167 du boulevard Vincent Auriol.

 

 

 

 

Jumeaux nés en 1975 au pays Basque dans une famille qui immigre ensuite en Allemagne, Raoul et Davide Perré font leurs premières armes artistiques à l’âge de 13 ans en graffant dans la banlieue de Düsseldorf. Ils s’installent ensuite aux Etats-Unis en 1999 et intègrent le monde des graffeurs du South Bronx. Travaillant principalement à la bombe, ils réalisent des compositions qui ressemblent à d’immenses labyrinthes en 3D peuplés d’étranges personnages et objets divers minutieusement dessinés. Signées de leurs pseudonymes How & Nosm, leurs œuvres sont presque toujours de grand format et se « lisent » à plusieurs niveaux : de loin c’est la forme principale du sujet qui apparaît au premier regard, alors que de près l’intensité des détails a plutôt tendance à brouiller et à multiplier les interprétations. 

 

 

Précisons pour conclure que plusieurs associations organisent des visites guidées de street-art dans le 13e arrondissement de Paris. Notons par ailleurs que d’autres œuvres des artistes présentés ci-dessus sont visibles dans la galerie spécialiste de l’art urbain Itinerrance. Ainsi parmi les 13 street-artists cités ci-dessus, la galerie a exposé les œuvres de Bom.K, Btoy, Inti, Maye, Seth et Shepard Fairey. Actuellement fermée, elle rouvrira le 25 septembre 2020 pour le vernissage de l’exposition personnelle de Hush.

 

Andrée Muller

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