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Quelle place pour les femmes dans les Collections nationales ?

Posté le 16/06/2020

 

Plus de quatre artistes homme pour seulement une artiste femme : c’est la proportion par genre des artistes dont les œuvres appartiennent à la Collection du Centre National des Arts Plastiques (Cnap). Cette instance du ministère de la Culture dont le rôle est de promouvoir la création artistique contemporaine gère l’une des plus importantes collections publiques françaises. Contenant les œuvres achetées chaque année auprès d’artistes contemporains par les pouvoirs publics depuis 1791, cette collection est destinée, entre autres, à « alimenter » les musées nationaux et régionaux, des organismes culturels, des galeries d’art… De l’identification des œuvres par catégories, pays ou date de création au genre des artistes, le Cnap met à disposition sur son site les informations concernant près de 90 000 œuvres. Il en ressort globalement sur le seul critère du genre un fort déséquilibre en défaveur des artistes féminines. Avec toutefois selon l’historienne et critique d’art Liberty Adrien des disparités liées suivant les époques à la place de la femme dans la société, au contexte politique, aux courants artistiques du moment... Présentation.

 

De la Collection historique (fin du XVIIIe au début du XXe) qui répertorie plus de 23 300 œuvres aux acquisitions actuelles dont plus d’un tiers sont des œuvres entrant pour la première fois dans les collections publiques en passant par la collection moderne (du début du XXe jusqu’aux années 1960) qui représente 25 600 œuvres, le Centre national des arts plastiques (Cnap) met aujourd’hui à disposition sur son site web les données de quelques 87 462 œuvres (voir ici). Résultat : un peu moins de 16% des œuvres de la Collection Nationale sont signées par des femmes, contre plus de 80% pour les hommes. Toutefois, et de façon plus optimiste, on peut aussi constater que sur le long terme la place des femmes artistes suit une tendance à la hausse. Du début des années 2000 à aujourd’hui, leurs œuvres représentent environ un quart des œuvres achetées par le ministère de la Culture. Si ce ratio n’est pas véritablement un triomphe, c’est cependant un progrès comparé aux siècles passés.

 

Une petite progression d’un siècle à l’autre. Quelques chiffres montrent en effet que, même si elle est très lente et irrégulière, la place donnée aux femmes artistes par les instances publiques tend à progresser au fil des siècles. De 2000 à 2020 leurs œuvres comptent dans les collections publiques pour 25% avec 3 858 œuvres « féminines » sur un total de 15 367 pour cette période, contre 69% d’œuvres « masculines » (soit 10 641 œuvres sur 15 367). Ce qui est en soi un progrès ! Au cours du XXe siècle, de 1900 à 2000, les femmes ne représentaient seulement que 15% des artistes (contre 80% pour les hommes) avec 70 623 œuvres retenues sur un total de 87 462. Plus dur encore, elles représentaient à peine 13% des artistes au XIXe siècle ! Mais en regardant davantage dans les détails et en associant ces chiffres aux évènements sociétaux de chaque époque, cette progression est pour Liberty Adrien, commissaire d’exposition indépendante, historienne et critique d’art, comparable à une houle, avec ses flux et ses reflux….

 

Une avancée irrégulière. Lauréate en 2016 de la bourse de recherche du Cnap destinée aux commissaires d’exposition souhaitant développer un projet à partir de la Collection de l’État, Liberty Adrien vit et travaille entre Berlin et Paris. En 2015 elle fonde à Hambourg (Allemagne) le centre d’art Âme nue dédié à la création contemporaine, puis mène en parallèle sa recherche. Son idée ? Analyser l’évolution de la place des femmes dans les artsà travers le prisme des acquisitions d’œuvres d’artistes femmes par l’État. Elle s’intéresse donc aux correspondances entre le nombre annuel de ces achats, les courants artistiques du moment et les évènements culturels et sociétaux de l’époque. Le tout dans la mouvance de l’association Archives of Women Artists Research & Exhibitions (AWARE) dont l’un des objectifs est la création et la diffusion d’informations sur les artistes femmes (voir ici). Le résultat ? Une grande discontinuité dans l’évolution de la place des femmes artistes dans les achats publics liée à la fois à la nature des mouvements artistiques, aux équilibres politiques, aux caractéristiques sociétales et plus généralement à la place des femmes dans la société.

 

Liberty Adrien souligne par exemple la stabilité relative entre 1830 et 1860 où la moyenne des acquisitions d’œuvres d’artistes femmes par l’État avoisinait les 16 %. Puis leur chute à 4,6 % entre 1880 et 1895. Suivie ensuite d’une progression lente pour atteindre 15 % au cours des années 1930. Régression à nouveau jusqu’à 9,5 % sous le régime de Vichy ! Puis remontée à 15,5 % entre 1945 et 1960 suivi d’un déclin à 11 % entre 1960 et 1968. Nouvelle hausse de 1968 et 1985 avec 18,6 %. Chute record de 4,6 % en 1988 et remontée spectaculaire à partir de l’an 2000 pour atteindre une moyenne de 24 % sur les vingt dernières années, avec une performance à 50 % en 2014. Un vrai record encore jamais atteint !

 

Andrée Muller

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