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Quand l’illustration devient œuvre d’art

Posté le 11/12/2018

 

179 000 visiteurs au dernier Salon du Livre et de la Presse Jeunesse qui s’est tenu au début du mois à Montreuil en Seine Saint Denis. Le succès de cette 34e édition témoigne à la fois la vitalité de l’édition jeunesse et de la place tout particulière qu’y occupe aujourd’hui l’image : de simple support de texte cette dernière est devenue en quelques années un moyen d’expression à part entière. Elle s’utilise à présent en tant que telle pour traduire des sentiments complexes, susciter des émotions. Multi techniques, multi styles, multi formes, multiples… les images des illustrations sont devenues des créations uniques en se diversifiant. Elles se sont ainsi transformées au fil des ans en véritables œuvres d’art. Regards croisés sur ces illustrations qui en quelques décennies ont largement dépassé le statut de simple support de l’écrit…

Média qui a pris son indépendance, l’illustration est devenue en quelques années une discipline artistique à part entière. Le dernier Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil vient de confirmer cette évolution : des livres en images pour les plus petits aux romans illustrés pour les plus grands en passant par les BD et les mangas, l’omniprésence des images étaient l’une des caractéristiques de cette 34e édition du Salon de Montreuil. Caractéristique d’autant plus forte qu’elle était confortée par l’exposition « Nos futurs » présentant les illustrations d’une petite dizaine d’artistes contemporains.

 

Des styles, des auteurs et des univers très différents. Des mondes fleuris aux couleurs tendres aux ambiances urbaines les plus sombres en passant par les paysages surréalistes, cette exposition sur le thème du futur était l’occasion de mettre en avant des dessins et des peintures tout à fait étonnantes. Organisée par artistes, l’exposition donnait l’occasion de parcourir des univers et des imaginaires très différents les uns des autres.

 

Une illustration de Pauline Kalioujny pour « Baba Yaga », éditions du Père Castor, Flammarion Jeunesse, 2018. Plasticienne, auteure et illustratrice, Pauline Kalioujny est née à Paris en 1983, de père ukrainien et de mère française. Diplômée de l’École supérieure d’arts graphiques (Paris 6) et de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (diplôme de cinéma d’animation), elle attache une importance toute particulière à la symbolique des couleurs, aux liens entre l’image et l’écrit et aux relations qu’entretiennent entre eux l’Homme et la Nature. 

 

 

 

Une illustration de Maurizio A.C. Quarello pour « L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde », Sarbacane, 2018. Né en 1974 à Turin, Maurizio A.C. Quarello a reçu de nombreux prix en France et à l’étranger, notamment aux États-Unis par la Société des Illustrateurs. Son premier livre illustré intitulé « Babau cerca casa » est paru en 2005 chez Orecchio Acerbo et a été primé en Italie avec Primo Voto comme meilleur livre d'images de l'année. Depuis lors, il a publié près de quarante ouvrages et réalisé des expositions personnelles dans plus d’une vingtaine de pays différents. Il habite à Treia en Italie et enseigne l’illustration à l'Academy of Fine Arts de Macerata depuis 2011.

 

 

Une illustration de Benjamin Lacombe pour « Le magicien d’Oz », Albin Michel Jeunesse, 2018. Auteur et illustrateur français né à Paris en 1982, Benjamin Lacombe est l’un des représentants de la nouvelle illustration française. Elève de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, il signe sa première BD à 19 ans. Il a depuis écrit et illustré une vingtaine d’ouvrages et expose régulièrement son travail en galerie. A noter à ce propos, son exposition « Curiosities », du 12 décembre au 12 janvier 2019 à la Galerie Daniel Maghen

 

 

 

 

Dans lesgaleries d’art.Outre la présence forte des images sur la quasi-totalité des stands, la participation de galeries d’art au Salon retenait, elle aussi, l’attention. Convergence de techniques grâce au numérique ? Multimédiatisation de l’expression artistique ? Ou encore, consécration d’artistes venus du monde de la BD comme Enki Bilal ? Quelle qu’en soit la raison, une chose est sûre : l’illustration séduit un public de plus en plus large. Que ce soit sous forme de multiples (reproductions numérotées imprimées en nombre limité et le plus souvent signées par l’auteur) ou d’originaux, les illustrations - et les artistes qui les conçoivent - intéressent beaucoup les galeries d’art aujourd’hui. Vue au salon, la « Galerie Robillard » par exemple a pour objectif explicite de « promouvoir l’illustration jeunesse comme un art à part entière ».

 

Photos du stand de la Galerie Robillard au Salon de la Presse et du Livre Jeunesse de Montreuil, décembre 2018. Située à Paris dans le 11earrondissement, cette « galerie d’art de l’illustration » qui présente les œuvres d’une cinquantaine d’artistes organise des présentations permanentes, des expositions itinérantes, des expos-ventes évènementielles... (voir ici le site de la Galerie Robillard pour en savoir plus).

 

 

 

 

Trois ans de pépites d’or en images. Cette année encore le jury du grand prix du Salon a décerné la Pépite d’Orà un ouvrage donnant une place importante à l’image. Elue parmi les différentes catégories (BD, romans illustrés, romans…) par un jury composé de professionnels de l’édition jeunesse, c’est la bande dessinée « Le tracas de Blaise » qui est la Pépite d’Or2018. Ecrite par Raphaële Frier et dessinée par Julien Martinière, cet album édité par L’Atelier du Poisson Solubleraconte l’histoire de Blaise qui, en enfilant sa première pantoufle un matin en se réveillant, comprit qu’une chose bizarre venait de lui arriver... Ce n’est pas un hasard si pour la troisième année successive le jury des Pépites d’Ordistingue une bande dessinée : « Nos Vacances » album sans texte de Blexbolex (Albin Michel) était la lauréate de 2017 et « Dans la forêt sombre et mystérieuse » de Winshluss (Gallimard BD) celle de 2016. Les images fascinent ! Les statistiques de l’édition jeunesse sont également le témoin de cet engouement pour le dessin : avec + 18 % de croissance en 2017 contre une baisse de - 6,6 % pour l’ensemble du secteur (source : SNE), la BD jeunesse devrait afficher cette année encore le taux de croissance le plus fort. 

 

« Le tracas de Blaise », texte de Raphaële Frier et illustrations de Julien Martinière, 40 pages, format 24 X 27 cm, couverture cartonnée, édité par L’Atelier du Poisson Soluble, Paris, novembre 2017. Elu Pépite d’Or2018, l’album vient d’emporter le grand prix toutes catégories confondues du Salon du Livre et de la Presse Jeunessedécerné par un jury composé de critiques littéraires (voir ici pour en savoir plus).

 

 

 

 

Enfin pour conclure, citons un dernier exemple illustrant l’autonomie grandissante de l’image dans la littérature jeunesse : la BD de Pierre Bailly (dessin) et Céline Fraipont (scénario), « Petit Poilu » éditée depuis une petite dizaine d’années par Dupuis. Ses auteurs racontent au fil de la vingtaine d’albums déjà parus les aventures d’un petit garçon (Petit Poilu) qui s’échappe dans des mondes imaginaires. Accessible aux enfants qui ne savent pas lire, mais également aux parents désireux d’apporter leur touche personnelle, les histoires de Petit Poilu se « lisent » uniquement avec les images ! 

 

Andrée Muller

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