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« Dilili à Paris » : un véritable chef d’œuvre d’art moderne

Posté le 22/10/2018

 

Les sorties des films d’animation du réalisateur Michel Ocelot sont à chaque fois une petite révolution dans le monde du cinéma comme dans celui de l’art. Qualité, professionnalisme, performance technique, poésie, beauté, émotion, modernité… pour nous, c’est certain, les qualitatifs ne manquent pas pour caractériser le fantastique voyage auquel nous convie « Dilili à Paris ». Le film bien sûr, mais aussi les livres publiés par Casterman qui en reprennent les images et la magie (voir l’illustration ci-dessus), sont de véritables trésors de poésie. Voici donc un rapide survol de ce chef d’œuvre d’art moderne.

Que ce soit le petit dernier « Dilili à Paris » ou qu’il s’agisse de « Kirikou et la sorcière » paru en 1998, tous les films d’animation de Michel Ocelot partagent une caractéristique commune forte : associer scénario, personnages, couleurs, techniques de dessin et d’animation pour former un tout cohérent. Comme un artiste peintre qui travaillerait par petites touches en jouant exclusivement avec les couleurs de sa palette, chaque élément de dessins, chaque couleur, chaque mouvement, chaque mot… participe en effet à la construction de l’ensemble. Cette belle histoire qui fait revivre des personnages mythiques comme Sarah Bernhardt, Marie Curie, Henri de Toulouse-Lautrec ou Pablo Picasso, se situe dans le Paris du début siècle dernier. Traitant de l’égalité homme-femme et des différences ethniques, le scénario aborde des questions de société très actuelles. De plus, associant la photo et le dessin d’animation, Michel Ocelot ouvre avec « Dilili à Paris » de nouveaux territoires de création aux frontières des mondes du cinéma, du dessin et de la peinture.

 

 

 

Image du dernier film d’animation de Michel Ocelot, « Dilili à Paris », qui associe dessins et photos.

 

 

 

 

La mixité des techniques. Tendance actuelle du monde de l’art, la mixité des techniques était en effet particulièrement visible à la Fiac (Foire Internationale d’Art Contemporain) le week-end dernier au Grand Palais à Paris. Un bon nombre des œuvres présentées par les quelques 200 grandes galeries d’art internationales participantes, associait dessin, peinture, photo, vidéo... Parmi les plus représentatives, on peut citer par exemple le moulin de l’artiste américain John Baldessari présenté par la galerie suisse Mai 36. Comptant parmi les artistes conceptuels les plus importants et les plus polyvalents de la fin du XXe siècle, John Baldessari utilise pour créer des matériaux aussi divers que la peinture, le dessin, la photographie ou la vidéo. Professeur à l'Institut des arts de Californie, il est l’un des pères de « Picture Génération », groupement dont font partie de nombreux artistes contemporains.

 

 

John Baldessari : « Also 2017 », techniques mixtes, tableau présenté à la Fiac par la galerie Mai 36 (Zürich), 169,2 X 137,2 cm.

 

 

 

 

 

Présenté également à la Fiac (par la galerie londonienne Annely Juda Fine Art), le tableau de David Hockney « Inside It Opens Up As Well 2018 » réalisé à partir de photos et de peinture numérique montées sur Dibond, est lui aussi très symbolique de cette tendance à la mixité des techniques. D’autant plus symbolique que David Hockney est d’abord connu pour ses œuvres « classiques » comme « A Bigger Splash » (huile sur toile peinte en 1967 et présentée par le Centre Pompidou l’année dernière à Paris dans le cadre de l’exposition célébrant les 80 ans de l’artiste), et qu’il est aussi un acteur majeur du pop art (mouvement artistique né au milieu des années 1960) et de l’art numérique (son exposition « Drawing in a printing machine » montée à Londres en 2009 chez Annely Juda Fine Arts, présentait ses premières créations réalisées sur iPhone et iPad).

 

 

David Hockeney : « Inside It Opens Up As Well 2018 », photographie et dessin imprimé sur papier monté sur Dibond, édition 15/25, 83 X 223 cm présentée à la Fiac par la galerie londonienne Annely Juda Fine Art.

 

 

 

L’harmonie des dessins et des scénarios. Une autre des caractéristiques les plus frappantes des films de Michel Ocelot est la symbiose qu’il parvient à créer entre les dessins, les couleurs et les personnages avec des scénarios porteurs d’idées humanistes, en particulier la nécessaire acceptation des différences de culture et de points de vue. Ainsi dans « Kirikou et la sorcière » et « Kirikou et les bêtes sauvages », les dessins géométriques dont les perspectives sont à couper le souffle, évoquent des réalités changeantes suivant les angles sous lesquels on les regarde. Ces techniques de perspective qui sont cohérentes sur le plan idéologique avec le thème des films, permettent en outre de refléter et d’évoquer les paysages grandioses de l’Afrique.

 

 

Les perspectives et les couleurs franches des films d’animation de Michel Ocelot, « Kirikou et la sorcière » ( sorti en 1998 ) et « Kirikou et les bêtes sauvages » ( sorti en 2005 ) donnent une dimension magique aux paysages d’Afrique.

 

 

 

 

De même, dans « Azur et Asmar » sorti en 2006, Michel Ocelot utilise le jeu des dessins et des couleurs pour identifier et opposer les deux personnages du film (l’un à peau claire et l’autre à peau foncée) en correspondance parfaite avec la trame de l’histoire : deux frères de lait qui parviennent à surmonter leurs différents pour partir délivrer ensemble la princesse des Djinns.  

 

 

L’un est blond aux yeux bleus, l’autre est brun aux yeux marrons : dans la belle histoire des deux frères de lait qui s’aideront au lieu de se combattre tout au long de leur périple, Michel Ocelot joue même sur les contrastes des chevaux d’Azur et d’Asmar.

 

 

 

 

Enfin dans « Princes et princesses » sorti en 2000, Michel Ocelot joue avec les profils et les ombres pour donner de la profondeur à ses personnages. Pari réussi : en présentant les personnages en ombre chinoise, il en gomme les superficialités physiques et fait du coup ressortir la profondeur de leurs sentiments. De ces silhouettes humaines, ressort en effet une multitude d’impressions et d’émotions.

 

 

 

Par leur sobriété, les silhouettes de « Princes et Princesses » donnent  une poésie extraordinaire à ce film hors du commun de Michel Ocelot.

 

 

 

 

Poursuivant en quelque sorte cette mise en parallèle entre beauté des silhouettes, force de caractère des personnages et intensité des messages, Michel Ocelot renouvelle l’essai dans « Dilili à Paris » en superposant ses dessins très colorés aux photos de Paris qu’il a prises lui-même. Cette technique consistant à assembler des photos un peu ternes et plates à des dessins joyeux et colorés plonge le spectateur dans l’intensité et la dureté des thèmes abordés (peur de la différence, de la couleur de peau, de l’accent...). Elle est aussi l’un des vecteurs de la poésie et de l’espoir que le réalisateur place dans l’enfance, l’art et la culture.

Carole Muller

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