La version de votre navigateur est obsolète. Nous vous recommandons vivement d'actualiser votre navigateur vers la dernière version.

Deux artistes français à suivre

Posté le 29/06/2020

 

Luc Dartois et Clément Reinaud sont deux artistes français dont les expositions viennent tout juste de se terminer, la première à la galerie Hors-Champs dans le Marais à Paris et la seconde intitulée « Domo » à la galerie Sabine Bayasli située à quelques rues de distance seulement. Avec des sensibilités, des styles et des pattes très différentes, ces deux artistes ont construit des univers étonnants qui ne se ressemblent pas mais témoignent l’un comme l’autre à la fois d’une très grande originalité et d’une exceptionnelle force d’expression : les peintures sur toile très colorées de Clément Reinaud qui ressemblent à des photos soulignent l’accumulation absurde des objets du quotidien tandis que les constructions multi technique et multi matière en noir et blanc de Luc Dartois symbolisent la détérioration du mode de vie des sociétés sur-industrialisées. En dénonçant la folie de la surconsommation et la déshumanisation des villes, le travail de ces deux artistes qui s’inscrit dans la vague écologique présente est particulièrement d’actualité. Présentation… 

Se démarquant par leur grande particularité, les étonnants univers créés par les deux artistes interpellent les passants chacun à leur façon. Les toiles de Clément Reinaud qui représentent des montages faits d’objets du quotidien sont comme des « natures mortes » de notre société de consommation. Entre réalité et absurdité, elles entretiennent le flou entre peinture et photo, et intriguent de fait autant sur le comment que le pourquoi de leur existence. Les constructions de Luc Dartois quant à elles sont comme les témoins silencieux de villes déshumanisées, de bâtiments désaffectés et de campagnes à l’abandon. 

 

Le monde déshumanisé de Luc Dartois. « Solidifier la pensée dans la matière » : c’est certainement de cette façon que se traduisent au mieux les sentiments suscités par les tableaux de Luc Dartois. Cet artiste peintre né à Paris en 1970 expose dès le début des années 1990. D’abord réalisées avec des peintures émail glycérophtaliques, ses toiles vont peu à peu s’épaissir et perdre des couleurs. Ce travail vers davantage de matière et de force d’expression va conduire Luc Dartois à supprimer toute présence de vie dans ses constructions. Reflets d’un monde noir et sans chaleur humaine, elles sont sculptées, gravées, assemblées, collées, projetées… : « Dans une toile il y a au moins autant, et même plus de techniques, qu'il n'y a de matières différentes ». Composées de plâtre, de sable, de cailloux, d’écorce, de coton et autres matières végétales, Luc Dartois consacre parfois plusieurs mois à en réaliser une seule ! L’exposition de la Galerie Hors-Champs qui lui était consacrée du 16 au 28 juin 2020 rassemblait une dizaine de ces étonnantes compositions. Petit échantillon : 

 

 

Luc Dartois : « L'escalier du Quai de l'Horloge », 80 x 130 cm, multi technique sur toile (plâtre, ciment, sable, balza, papier aluminium, eau artificielle, coton, fils de fer, fils de nylon, pigments purs et peinture émail glycérophtalique), construction de 2019 à 2020.

 

 

 

 

 

 

 

Luc Dartois : « Les Pierres », 60 x 46 cm, multi technique sur toile (plâtre, ciment, pierres, terre, humus, herbes synthétiques, feuilles de chou, coton, pigments purs et peinture émail glycérophtalique), construction en 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

Luc Dartois : « La Cathédrale - Notre-Dame de Paris », 95 x 70 cm, multi technique sur toile (plâtre, ciment, pierres, poudre de pierres, balza, coton, fibres de lin, fils de cuivre, fils d'étain, pigments purs et peinture émail glycérophtalique), construction en 2011, puis de 2013 à 2014. 

 

 

 

 

 

Les objets à la limite de l’absurde de Clément Reinaud. Semblant jouer en permanence entre interprétation ludique et sociétale des objets de notre quotidien, Clément Reinaud a construit un univers étonnant (voir ici ses différents tableaux sur Instagram). Ustensiles de cuisine, matériels électroniques, boitiers électriques rouillés, emballages, clous… il détourne ces objets pour en faire des compositions à l’architecture tout autant sophistiquée qu’inattendue. Peintes à l’acrylique dans un style hyperréaliste sur des fonds aux couleurs le plus souvent pastel, les toiles de Clément Reinaud suscitent le trouble en se situant entre photo, trompe l’œil et peinture. Elles construisent un monde où l’absurdité des images semble traduire par elle-même l’absurdité de notre société de surconsommation et d’inégalités sociales. Voici donc quelques exemples de ces toiles tout aussi étranges que dérangeantes présentées par la Galerie Sabine Bayasli dans le cadre de l’exposition « Domo » du 30 mai au 30 juin 2020. 

 

 

Clément Reinaud : « Cité », 260 cm x 195 cm, acrylique sur toile, réalisée en 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Clément Reinaud : « Caravane 6 », 61 cm x 50 cm, acrylique sur toile, réalisée en 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Clément Reinaud : « Block 2 »,146 cm x 125 cm, acrylique sur toile, réalisée en 2020.

 

 

 

 

 

Des constructions de matière créées par Luc Dartois aux architectures loufoques peintes par Clément Reinaud, ces représentations du monde d’aujourd’hui vont de pair avec la mixité des techniques, et plus globalement avec la suppression des frontières entre différentes disciplines considérées il y a peu de temps encore comme incompatibles (et même souvent opposables), en particulier comme la peinture, la photo et le numérique.

 

Andrée Muller

Partager via un média social