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Art : quand l’écran remplace le papier

Posté le 21/05/2018

 

Ce domaine de l’art numérique qui consiste à simplement remplacer la toile ou le papier par un écran et à utiliser un stylet à la place du crayon ou du pinceau semble vouloir prendre de l’ampleur. Après les galeries en ligne, c’est au tour des galeries d’art classiques de présenter ce type d’œuvres numériques. Réalisées sur des tablettes ou des palettes graphiques avec des logiciels de création de dessin celles-ci étaient en effet exposées jusqu’à présent presque exclusivement sur internet. Encore très peu normalisées comparées aux tableaux classiques (i.e. « peints à la main ») dont les prix sont répertoriés sur des bases de données connues de tous (Artprice par exemple), les peintures numériques n’ont pas en outre pour l’instant de cadre précis. Petit aperçu de ce monde encore en construction…

Mises en vente sous diverses modalités d’impression (en exemplaire unique, numérotées, certifiées…), imprimées sur différents supports (papier, toile, métal, plastique…) et visibles le plus souvent encore uniquement sur internet, les peintures numériques ont cependant le vent en poupe. Elles commencent même à s’afficher dans des galeries d’art ayant pignon sur rue. 

 

Autoportraits numériques. La galerie parisienne Lelong & Co présente à partir du 26 mai prochain dans le cadre de l’évènement Paris Gallery Week-end et jusqu’au 13 juillet 2018, des peintures de David Hockeney réalisées sur iPad, dont quatre autoportraits : « Un an après la rétrospective triomphale pour célébrer son 80ème anniversaire (Tate Britain, Londres - Centre Pompidou, Paris - Metropolitan Museum, New York), David Hockney revient avec une série de dessins réalisés sur iPad et iPhone. Les vingt-trois œuvres sont rassemblées sous le titre de Pictures of Daily Life, et montrent des intérieurs, des fleurs, des animaux, des bols de fruits, des objets familiers, le paysage de sa fenêtre », indiquent les responsables de la Galerie en présentation de cette exposition sur leur site web (voir ici).

 

 

 

Nouveaux dessins de David Hockeney réalisés sur iPad présentés par la Galerie Lelong & Co.

 

 

 

 

Quelles apps pour iPad ? Le premier avantage de ces mini logiciels de création de dessin et de peinture pour tablettes graphiques est leur prix, qui dépasse rarement les 10 euros ! Pour notre part, disposant d’un iPad pro avec stylet, nous avons testé une petite poignée de ces apps (ArtRage, @Dessin, UBrush pro, Procreate, Photoshop) après avoir effectué une première sélection sur la base de différents articles trouvés sur le web. Le résultat ?ArtRage et Procreate sont incontestablement nos préférées. Très proches, ces deux apps offrent un nombre important d’outils de dessin et de peinture (pinceaux, tubes, crayons…) paramétrables (taille, opacité, humidité…) ainsi qu’une palette des couleurs facilement maniable. Bref, tout ce qu’il faut pour dessiner, peindre et créer. Elles offrent également toutes les deux la possibilité de gérer des calques, d’importer des photos… Toutefois c’est pour notre part ArtRage que nous préférons utiliser. 

Ses atouts ? Très facile d’utilisation si on connaît un peu Photoshop, cette app s’utilise immédiatement sans documentation. La galerie pour ranger ses réalisations est également très simple d’usage : on peut les classer par dossiers, les reprendre, les modifier, les supprimer... Papier ou toile, les choix concernant la nature du support virtuel, sa couleur, sa texture ou encore ses dimensions sont également très faciles à paramétrer. 

Exemples en image :

 

 

Modèle vivant : très pratique pour les pauses rapides de 2 mn ! Pas de feuilles à détacher du bloc, pas de fusain qui casse… On peut enchaîner les pages à un rythme très rapide. Nos outils préférés pour le modèle vivant ? Le crayon, bien que le trait se fixe sur l’écran de façon un peu lente à notre avis, le tube de peinture et bien sûr le rouleau pour placer le modèle dans un fond (là, c’est plutôt pour les pauses de 5 ou 7 mn).

 

 

 

 

Paysages semi figuratifs : là, le fait de pouvoir pleinement fonctionner dans la logique d’essais-erreur du numérique est fabuleux ! Notons que cela n’est pas particulier à ArtRage, toutes les apps testées offrant en effet la fonction de retour en arrière. On peut ainsi tester des couleurs, ajouter des dessins, des ombres, déplacer des éléments… Puis revenir sans encombre à la réalisation précédente si le résultat ne nous convient pas.

 

 

 

 

 

 

Variation sur nature morte en ajoutant des fonds différents. Là, c’est le principe des calques de Photoshop : il est possible de donner vie à une foule d’interprétations à partir d’un seul dessin !

 

 

 

 

 

Du point de vue de l’artiste peintre, utiliser une palette numérique ou une tablette graphique pour dessiner à la façon d’un architecte utilisant la CAO (Conception Assistée par Ordinateur) pour élaborer ses plans est en définitive relativement simple. En revanche, c’est après que les choses se compliquent. Des différentes modalités d’impression (en exemplaire unique ou en sorties multiples) à la diversité des supports (du tirage papier à quelques € à l’impression sur métal dont les coûts peuvent être multipliés par 10, 100, voire même 1000), c’est en fait la question de la « marchandisation » de la création qui est posée. L’existence matérielle d’un tableau est-elle un préalable à son échange marchand ? Est-ce elle qui en fixe le prix de marché ? Et ce n’est pas simplement une question de coûts de production pour l’artiste : les créations numériques posent en effet aussi le problème de la reproductibilité d’une oeuvre, et donc de l’importance de la notion d’unicité dans le marché de l’art. Bref, une œuvre d’art est-elle forcément unique pour exister en tant que telle ?

 

Andrée Muller

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