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Art : le come-back du cowboy

Posté le 13/02/2018

 

Cheval sculpté à l’aide de vielles ferrailles, cheval « tuné » comme une voiture américaine : le compagnon favori du cowboy joue les muses. Il est le sujet au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris de l’exposition « Urban Riders » consacrée au travail de Mohamed Bourouissa sur les cowboys noirs urbains. Il est aussi l’une des figures favorites du sculpteur John Lopez qui crée d’étonnants animaux faits de pièces de tracteurs rouillés et autres carcasses d’engins agricoles. Ces deux artistes dont les approches artistiques sont différentes se rejoignent sur le thème de la résilience, de l'utilisation de matériaux de récupération. Petit coup d’œil sur le travail de ces deux artistes hors normes… 

Leur patte d’artiste est étonnante. A tel point que l’on a l’impression qu’en s’intéressant au cheval de cowboy, Mohamed Bourouissa et John Lopez insufflent, chacun à leur manière, un vent de renouveau dans ce monde extrêmement riche de l’alliance entre le cheval et l’art.

Sujet artistique omniprésent depuis en effet bien longtemps, le cheval - qu’il soit de guerre, de chasse ou de travail - a très souvent été utilisé par les artistes comme un faire-valoir de l’homme (plus rarement de la femme !). Il a été aussi traité comme sujet en tant que tel à un peu toutes les époques, par exemple le « Cheval Pie » peint par Paulus Potter en 1650 (visible au musée d’art du comté de Los Angeles), le « Percheron dans un pâturage » d’Achille Giroux peint en vers 1860 (visible au Musée du Louvre) ou encore le célèbre « Cheval bleu » de Franz Marc peint en 1911. En quoi dès lors les réalisations de Mohamed Bourouissa et John Lopez sont-elles si différentes ?

Hommage aux cowboys noirs urbains. L’exposition « Urban Riders » organisée par le Musée d'Art Moderne de Paris (visible jusqu’au 22 avril 2018) retrace le travail de Mohamed Bourouissa, auteur du film « Horse Day » conçu et tourné aux Etats Unis dans un quartier défavorisé de Philadelphie. Imaginé par Mohamed Bourouissa, l’événement « horse day » en lui-même était « une journée du cheval » inspirée des concours de « tuning » de voitures pour laquelle plusieurs artistes de Philadelphie ont été invité à aider les cavaliers à concevoir et réaliser les costumes de leurs chevaux. Le film retrace le déroulé de cette journée organisée en juillet 2014. L'exposition parisienne met également en lumière l’importance du dessin dans la démarche d’artiste de Mohamed Bourouissa : croquis, dessins, story-board du film, collages, encres, aquarelles… la centaine de pièces exposées racontent l’histoire du projet « horse day ».

 

 

Mohamed Bourouissa : Sans Titre, série Horse Day, 2017 – collage, aquarelle et crayon sur papier - 43X35 cm.

 

 

 

 

 

Des portraits de cowboys noirs contemporains aux costumes des chevaux utilisant des matériaux recyclés trouvés dans la rue comme des cordes à sauter ou de vieux CD, « Urban Riders » est aussi un questionnement sur l’image sociale des cowboys noirs, l'appropriation des territoires, le pouvoir, la transgression…… Pour organiser tout ce travail d’analyse, de conception et de réalisation, Mohamed Bourouissa a partagé pendant huit mois la vie des cavaliers urbains des écuries associatives « Fletcher Street » fondées au siècle dernier par des afro-américains pour, entre autres, sauver de vieux chevaux en leur évitant l’abattoir.

 

Evoquer la puissance du cheval. Avant de devenir artiste à plein temps, John Lopez était éleveur dans le Dakota (Etats-Unis). Il a commencé par sculpter des chevaux dans l'argile. Représentant d’abord des bêtes souples, robustes et puissantes, ses sculptures sont devenues peu à peu les témoins du temps qui passe. Symbole de la force ou reconnaissance de la puissance de la mécanisation ? Quoi qu’il en soit, la démarche artistique de John Lopez se réfère au remplacement de la traction animale par le véhicule. Et c’est ainsi, en utilisant des éléments de carcasses rouillées de tracteurs et de vieux équipements agricoles, que le sculpteur a donné vie à ses animaux fantastiques. Il a créé avec des roues, des essieux, des éléments de moteur la courbe d'une mâchoire, le mouvement d'une queue, le puissance d'une épaule.

 

 

Cheval de fer de John Lopez : « J'ai utilisé ces vrais éléments agricoles pour représenter l'histoire de l'agriculture », écrit-il sur son site web en présentation de cette sculpture symbolisant le cheval dans toute sa force.

 

 

 

 

 

Toujours aussi fiers et puissants, les chevaux, vaches, bisons et autres animaux des terres américaines créés par John Lopez expriment quelque chose de mystérieux et de fantastique, qui les rend uniques.

 

L’urbain d’un côté, les plaines du Far West de l’autre, les visions respectives du cheval de cowboy par Mohamed Bourouissa et John Lopez sont à la fois opposées dans les images créées et semblables dans la volonté de témoigner des changements sociétaux.

 

Andrée Muller

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