La version de votre navigateur est obsolète. Nous vous recommandons vivement d'actualiser votre navigateur vers la dernière version.

Art et voyage : les chemins de l’imaginaire

Posté le 26/08/2019

 

Yann Letestu peint l’idée d’évasion et de départ sur des cartes marines. Paul Maz évoque des territoires inconnus sur des tableaux où terre et mer se confondent. Bruno Catalano sculpte des voyageurs inachevés… Ces trois artistes contemporains nous invitent à voyager à la fois dans nos souvenirs et dans notre propre imaginaire. Appliquant à la lettre le mot voyage (dont l’origine latine signifie « chemin », « voie » ou encore « route »), leurs œuvres faites de suggestions offrent la liberté de choisir ses propres chemins vers le rêve et l’imaginaire. Présentation de ces carnets de voyage d’un genre nouveau.

Thème de prédilection des peintres, des sculpteurs ou des architectes occidentaux du 19e siècle qui cherchaient à donner à leurs créations une touche d’orientalisme, le voyage dans l’art c’est aussi l’exotisme de Paul Gauguin ou, plus récemment, les carnets du marin et artiste Titouan Lamazou réalisés à l’occasion de ses multiples traversées (voir ici). Aujourd’hui d’autres interprétations du voyage voient encore le jour. Moins concrètes et principalement suggérées, ces dernières renvoient davantage aux notions de chemin et de liberté que de pays et d’habitants. Les voyages auxquels nous convient ces artistes contemporains interpellent directement notre propre imaginaire. Leurs œuvres ne nous donnent pas à voir. Elles nous proposent d’investir d’autres territoires, de nous tourner vers d’autres ailleurs, pas forcément réels.

 

Yann Letestu : quelques unes des oeuvres présentées par Yann Letestu au Marché d’Art Contemporain de Chatou au printemps dernier.

Evoquant le voyage en peignant le ciel, la mer et le grand large sur des cartes marines, Yann Letestu nous transmet des impressions à la fois d’abandon et d’évasion. Ses œuvres évoquent en effet tout autant le déchirement d’un départ car les personnages qui y figurent sont le plus souvent seulement esquissés ou vus de dos et semblent par leur immobilité restés à quai ou au bord de l’eau. Tandis que la grande place qu’occupe la mer ou le ciel dénote l’attrait du départ. A nous de choisir… Et c’est ainsi qu’en tant qu'observateur, les œuvres de Yann Letestu nous incitent à emprunter notre propre chemin pour découvrir des contrées inconnues…

 

 

Paul Maz : « Ranga », acrylique sur carton marouflé sur bois, 65 x 100 cm.

Des couleurs souvent chaudes, des lignes d’horizon plus ou moins marquées, du papier qui transparait toujours quelque part sur des tableaux où l’on perçoit la terre depuis la mer, et non l’inverse : Paul Maz appelle ses peintures des « territoires ». A la limite de l’abstraction, ils offrent la possibilité à celles et à ceux qui les regardent d’y percevoir quelque chose de personnel. Exposées régulièrement dans des galeries parisiennes, en particulier ArtEthic Galerie et Artistic Garage, les œuvres de Paul Maz sont à la fois assez évocatrices pour susciter l’envie de s’y projeter et en même temps suffisamment ouvertes pour que chacun puisse y retrouver des échos de son propre imaginaire (voir l’article « Paul Maz, un inventeur d’imaginaires »).

 

 

Bruno Catalano : « Enzo », « Lauralou » et « Le navigateur », trois sculptures de la série des voyageurs.  

Ni vraiment ici, ni complètement ailleurs, tel est le premier sentiment qui vient à l’esprit lorsque l’on regarde les sculptures trouées de Bruno Catalano. De New York à Bruxelles en passant par Paris et Venise, ce sculpteur marseillais expose ses réalisations un peu partout dans le monde. Malette de business man, sac ou valise, ces attributs du voyage dont il équipe ses sculptures sont comme autant de portes qui s’ouvrent sur des mondes où l’humain semble ne tenir debout que par magie. Jamais totalement entiers, les voyageurs sculptés par Bruno Catalano ne sont rattachés à la terre que par un fil.

 

 

Des horizons infinis de Yann Letestu, aux territoires de Paul Maz en passant par les voyageurs incertains de Bruno Catalano, aucun de ces artistes ne s’intéresse à la finalité du voyage. C’est sur l’idée du voyage en tant que tel qu’ils s’expriment, et non sur les pays ou les contrées imaginaires de destination. Ils mettent ainsi en doute l’importance d’une quelconque appartenance au territoire.

 

Andrée Muller

 

 

Partager via un média social